Bukavu : Les enfants des familles pauvres coulent illégalement des dalles au péril de leurs vies

20 Mai 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

A Bukavu, des enfants des familles pauvres sont utilisés pour couler des dalles dans des chantiers de construction des maisons, en violation de l’article 32 de la Convention relative aux droits de l’enfant qui interdit de soumettre celui-ci à un travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social.

Ce matin d’avril, une trentaine de personne font des allées et venus dans un chantier sur avenue cercle Hippique dans la commune d’Ibanda. Pieds nus, ils transportent dans des bassins métalliques des mélanges de ciments, eau et graviers qu’ils déversent sur la dalle en construction. « Allez vite, paresseux, nous n’allons pas passer la nuit ici… », ne cesse d’ordonner le responsable du chanter qui surveille de près tous les mouvements de ses ouvriers.

En réalité, les deux tiers de ces ouvriers sont des enfants dont l’âge varie entre 12 et 17ans. « J’ai quitté la maison à 5 heures car je devais être là à 6 heures. Le travail va jusqu’au delà de 20 heures », confie Christophe, 15 ans. Ce jeune garçon vit au quartier Kasha dans la commune de Bagira, à 10 Km du lieu où il travaille. Il confie avoir parcouru tout ce trajet à pied pour se rendre ici.

Gaël, 12 ans, vient de Chahi, à près de 10 km d’ici. « On me paye 2 500 Franc Congolais par jour, environ 2.6 $US. C’est insignifiant mais je n’ai pas de choix», souffle-t-il.

Malgré la lourdeur de leur travail, ces enfants n’ont droit qu’à un seul repas et c’est à la clôture de la journée.« Du matin au soir, on ne fait que travailler. Lorsqu’on finit le travail, c’est là que tout le monde va manger »,confie Didier, jeune garçon de 14 ans.

Dans différents chantiers de la ville de Bukavu, les propriétaires des maisons préfèrent, depuis quelques années, utiliser les jeunes enfants pour économiser plus d’argent.

Ils coutent moins cher que les adultes

Pour le superviseur des travaux dans un chantier sur l’avenue Cercle hippique, Victor Bisimwa, c’est une bonne affaire de traiter avec les enfants qu’avec les adultes. « Nous payons 2 500 FC à un enfant et 4 000 à 5 000 FC à un adulte.

Pourtant, cette pratique est interdite par la loi. Le colonel Honorine Munyole, commandant de la police de protection de l’enfant au Sud Kivu reconnaît organiser des patrouilles motorisées et pédestres pour rechercher les chantiers de construction qui utilisent des enfants. « Quiconque est attrapé dans les pires formes du travail de l’enfant, est puni d’une peine de un à trois ans de servitude pénale principale et d’une amende de 100 000 à 200 000 FC », prévient-il en lisant l’article 187 portant protection de l’enfant.

Cette situation révolte différentes organisations des droits de l’homme qui, depuis quelques années, mènent des plaidoyers pour que cesse cette situation. « Ces travaux, par leurs natures et les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire la santé, à la croissance, à la sécurité, à l’épanouissement, à la dignité ou à la moralité de l’enfant », martèle Me Pappy Kajabika, responsable de l’Ong Vision sociale. Il précise que l’article 53 de la loi qui protège les enfants en RDC punit ces faits comme des pires formes de travail des enfants. Il appelle les autorités à mettre fin à cette situation.

Au niveau des autorités publiques, on affirme mettre en œuvre des efforts essentiels pour mettre fin à cette pratique. Le chef de bureau à la division des affaires sociales révèle qu’une commission composée de la division du genre, famille et enfant ; la police de la protection de l’enfance ; le ministère de la justice et droits humains et la justice sera mise en place pour mettre fin à cette situation.

Une bonne nouvelle pour les Ong qui attendent toujours des résultats. « Nous voulons voir ces enfants cesser d’être exploités dans les chantiers. Nous voulons voir les chefs des chantiers et propriétaires des chantiers être punis conformément à la loi », souligne Pappy Kajabika tout en estimant que « la place de ces enfants c’est à l’école ».

Par Heri Bahizire Gentil

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Jean Bisimwa 06/07/2014 08:50

Chacun doit faire de son mieux pour proteger les enfants, y compris les Eglises. L'avenir de l'humanite en depend