RDC: Les enfants abandonnent l’école, faute de la « prime » scolaire

20 Mai 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Plusieurs enfants abandonnent l’école au niveau de l’enseignement primaire à Bukavu. Les parents sont incapables de payer les frais scolaires. La constitution a décrété ce cycle obligatoire et gratuit …

« Nous sommes huit enfants dans notre famille. Deux seulement étudient. Ma mère qui vendait des souliers usagés n’exerce plus ce commerce et manque de l’argent pour scolariser nous tous. … », se lamente Akiba, 14 ans, obligé d’abandonner les études en 5e année primaire. Avec ses deux petits frères ils déchargent des pommes de terre d’un bateau pour leur survie.

De l’autre coté de la rivière Wesha, dans la commune de Bagira, Patricia, 12 ans, broie du noir près de sa mère Marie Nsimire qui vend des oranges le long de la route à Funu, un quartier populaire de la commune de Kadutu.

« J’étudiais en deuxième année primaire. J’ai abandonné l’école. Mes parents n’ont pas d’argent pour me payer l’école», explique-t-elle.

A l’instar de ces deux enfants, plusieurs élèves abandonnent l’école primaire suite à la pauvreté de leurs parents dans la ville de Bukavu.

Les parents sont pauvres …

La mère d’Akiba se plaint que son mari l’a abandonné depuis plus de 5 ans. « Ce chômeur a fui ses responsabilités familiales sous prétexte d’aller faire l’exploitation artisanale de l’or dans la forêt. Les enfants ne vont plus maintenant à l’école », se lamente-t-elle. Celle de Patricia plaint de son mari qui, selon elle, s’obstine à faire carrière dans l’administration publique. « Ce fonctionnaire ne touche par mois que 25 000 Fc (27 $) qui ne peuvent couvrir le loyer de la maison, la ration alimentaire, les soins médicaux … et la prime scolaire pour nos nombreux enfants», explique-t-elle.

Selon le directeur de l’école primaire Kiriza, Médard Muderwa, bon nombre d’élèves ne se présentent plus à l’école parce que leurs parents sont incapables de payer la prime. « Sur 10 écoliers, au moins 3 abandonnent l’école chaque année et la plupart d’entre eux n’arrivent pas en sixième primaire», regrette-t-il.

Pourtant l’article 43 de la constitution stipule que « L’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics ».

A l’ouverture de cette année scolaire, la division provinciale de l’enseignement primaire et secondaire n’a cessé de rappelé la gratuité décrété par le gouvernement dans les classes de 1e , 2e et 3e année primaire.

Début avril, dans une manifestation publique, Christine Namegabe cadre du bureau de l’Enseignement Primaire Secondaire et Professionnel a précisé que la gratuité de l’enseignement primaire ne concerne que le minerval, qui oscille autour de 1 000 Fc (1,1$ US).

Ce qui est insignifiant par rapport aux coûts réels qui pèsent sur la tête des parents : « je paye plus de 150$ pour chaque année par enfant. Que valent les 1000 Fc qu’ils disent payer ? » S’interroge un parent d’élève dont les enfants non en ordre avec les frais scolaires viennent d’être renvoyé à la maison.

Et l’Etat semble démissionnaire

Jacques Cirimwami, responsable du syndicat des enseignants catholique, SYNECAT, pense que la gratuité dont se prévaut le gouvernement n’a jamais existé.

Avis partagé par Me Jean Claude Mirindi, coordonnateur de l’association des parents d’élèves catholique, APEC. Selon lui, la prime exigée aux parents est un crime que l’état pose contre l’éducation des enfants. «Nous avons toujours exigés la gratuité de l’éducation des enfants et la suppression de la prime que nous appelons crime. L’Etat doit prendre ses responsabilités et respecter les droits de ces enfants à l’éducation» souligne-t-il.

« Si nombreux enfants abandonnent l’école c’est effectivement à cause de la prime et non du minerval » souligne Jacques Cirimwami qui plaide pour la gratuité effective de l’éducation primaire.

Un combat est mené depuis 3 ans par différents syndicats d’enseignants dont le syndicat catholique, SYNECAT, le syndicat des enseignants protestants, SYNEP, et ceux des écoles publiques, SYECO, pour que la prime soit supprimée dans le système éducatif. « Cela permettrait à tous les enfants d’aller à l’école comme le veut la constitution » martèle Me Mirindi.

Par Sabasaba Nfizi Frédéric/ Etudiant ETJ/JPDDH

​Lire aussi sur: http://speakjhr.com/2014/05/les-enfants-abandonnent-lecole-faute-de-la-prime-scolaire/
Des élèves en plein cours

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