RDC: Ceux qui accusent les enfants de sorcellerie doivent être jugé

22 Mai 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Les enfants accusés de sorcellerie sont stigmatisés dans leurs milieux et torturés dans des chambres des prières pour des faux aveux. Les auteurs de tels faits devraient passer devant la barre pour que ce phénomène prohibé par les lois du pays soit éradiqué

« J’étudiais à l’Institut Mgr Adolphe Kanyingu dans le territoire de Walungu. On m’a accusée d’avoir ensorcelé et tué ma grand’mère. Mon père est muet et incapable de me défendre. J’ai été rejeté par tout le monde», regrette Evelyne (15 ans). « Un enfant de 4 ans et un autre de 5 mois sont décédés dans mon quartier Kasha. On m’a accusé de les avoir ensorcelé. Alors j’ai été répudié de mon quartier », larmoie Fadhili, 7 ans, aujourd’hui recueilli au centre de réinsertion des enfants « E’Kabana ».

Dans ce centre, une vingtaine de filles et garçons accusés sorcir y sont recueillis pour être dé traumatisé et réinserés. Ils viennent généralement de certains quartiers populaires de la ville de Bukavu comme Kasha, Panzi et Nyamugo ainsi que des territoires de Kabare et Walungu.

La plupart de ces enfants appartiennent soit à des familles polygames ou ont été mis au monde hors mariage.« Il s’agit d’une façon pour certaines femmes de se débarrasser de ces enfants qu’elles estiment gênant » estime Rose Cirimwami, psychologue.

Pratique encouragée par certains « Pasteurs » et la pauvreté

Rose Cirimwami, estime, qu’avec la complicité de certains pasteurs on cultive la peur dans les familles en cherchant à décrocher des aveux de l’enfant innocent. « On organise des séances de prière, l’enfant est privé de nourriture au motif qu’on gène pour sa délivrance, il est parfois tabassé et terrorisé. Le tout généralement sur base des visions supposées.»

Dans la peur et l’embarras, des enfants finissent par faire des aveux. « On a des enfants qui ont avoué avoir mangé leurs membres des familles décédé si peu, ou vouloir emporter le fils que leurs marâtres viennent de concevoir… » confie un assistant social au centre E’kabana.

Comme conséquence, nombreux de ces enfants sont rejetés dans la rue.

Pour sa part, la sociologue Julienne Baseke, estime que les cas d’accusations de sorcellerie sont plus fréquents dans les milieux pauvres « où certains expliquent leurs malheurs par la malveillance des autres, surtout des enfants ou des vieillards ou cherchent simplement à faire des règlements de compte entre eux ».

« Les enfants faussement accusés de sorciers sont des enfants orphelins ou ceux élevés par des marâtres, des enfants des couples disloqués » constate aussi le colonel Honorine Munyole commandant de la police de protection de l’enfance au Sud Kivu.

Son bureau accueille plusieurs cas des enfants accusés de sorcellerie et mène des sensibilisations pour décourager cette pratique.

La conséquence pour ces enfants est la discrimination et la stigmatisation dans leurs milieux. Ils sont ainsi rejetés par leurs familles et leurs entourages. S’ils n’ont pas été accueillis dans les centres d’encadrement psychosociaux, ils et se retrouvent généralement dans la rue où ils apprennent le banditisme ou dans des maisons de tolérances pour les jeunes filles.

Accuser un enfant sorcier est illégal

Selon Me Benjamin Balagizi, Défenseur Judiciaire au tribunal d’Uvira, beaucoup de personnes devraient comparaître devant le tribunal pour ces accusations sans fondement contre ces enfants. « Accuser quelqu’un de sorcier est grave. Il s’agit de la diffamation qui souille son honneur. En plus des tortures et autres violences qu’endurent ces enfants dans les interrogatoires.», signale-t-il.

Selon l’article 41 de la constitution de la RDC« … l’accusation de la sorcellerie est prohibée et puni par la loi ».

Emmanuel Lwaboshi Salumu/ Etudiant à l'ETJ/JPDDH

Lire aussi sur Speak Magazine: http://speakjhr.com/2014/05/ceux-qui-accusent-les-enfants-de-sorcellerie-doivent-etre-juge/
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