Bukavu : Triste sort pour les baby-sitters mineures, de la pauvreté à la torture

12 Juin 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Dans plusieurs villages de la province du Sud Kivu des parents pauvres envoient leurs filles, souvent jeunes, faire le baby-sitter dans des familles riches de Bukavu. Ces jeunes âgées généralement de 9 à 16 ans sont pour la plupart maltraitées, torturées ou violées par leurs patrons. Alors que toutes ces pratiques sont punissables devant la justice congolaise, bien qu’aucune loi ne le définisse directement…

Riziki Mweze, 12 ans, garde depuis trois ans les enfants dans une maison dans la ville de Bukavu « Mes parents ont divorcé. Ma mère est devenue une prostituée et m’a abandonné avec ma grande sœur. Nous sommes allées vivre chez notre pauvre grand-mère qui ne vit que des aides… Je n’avais que 9 ans quand j’ai commencé à prendre soin des enfants ayant presque mon âge ». raconte-t-elle toute triste.

Solange, 16 ans, travaille elle depuis deux ans « ma patronne a pris contact avec ma mère. Elle a pris une convention avec elle pour que je vienne travailler ici. Ca fait deux ans que je garde le bébé ici ». Suite à la pauvreté de ses parents, cette jeune fille a abandonnée les études pour devenir baby-sitter dans la ville de Bukavu.

A l’instar de Riziki et Solange, plusieurs autres filles mineures travaillent comme baby-sitter ou « bonne » à Bukavu.

Baby-sitter et domestique : maltraitances et violences

Dans nombreuses familles où elles exercent leurs travaux, ces jeunes filles appelées pour faire la bonne exercent aussi à la fois d’autres travaux ménagers. « Elles travaillent dans des conditions difficiles et sont soumises à des travaux lourds » constate Jonas Kambala, assistant social. Selon RIZIKI, parfois même sans manger, elle est obligée de lessiver les habits de toute la maison même si ca prenait toute une journée. « Je n’étais venue que pour prendre soin du bébé, pas pour être soumis à des durs travaux de ce genre »ne cesse-t-elle de répéter.

D’un air vraiment désespérant elle poursuit : « je suis souvent envoyée dans des endroits trop insécurisés dans cette zone où l’eau du robinet n’est pas fréquente. C’est pareil même à des heures irréfléchies sans tenir compte desmilliers de kilomètres que je dois parcourir. Parfois à 5h du matin, toute seule dans les rues pour la recherche de l’eau, et ca me fait tellement peur »

Jeunes, ces dernières sont aussi parfois abusées par leurs patrons.« Parfois quand je ne fais pas la tâche exigée à temps, on me fouette ou me gifle. Il suffit d’une petite erreur pour que je sois châtié. On ne cesse de crier sur moi que je suis paresseuse et vaut rien » confie Nsimire, 12 ans.

D’autres filles se font violer dans les maisons où elles travaillent. A l’hôpital de Panzi, il y a quelques mois, une baby-sitter a été prise en charge pour avoir été violée par son patron. « Les parents decette fille, pauvres, n’ont pas hésité de livrer cette jeune fille à cet homme qui voudrait une baby-sitter » raconte une assistante sociale de l’Hôpital. Cette jeune fille a abandonné les études en 4eme primaire pour ce service. « Le père de la maison a profité d’une nuit où son épouse était resté au service pour violer cette jeune mineur de 16ans… » précise l’assistante sociale. A 16 ans, la petite est tombée enceinte suite à ce viol. « Ses parents n’ont pas voulu porter plainte. Ils ont dit qu’ils craignaient de tenir un procès contre un riche. Alors ils ont laissé tomber » regrette l’assistante sociale.

La responsabilité est partagée

L’article 32 de la Convention relative aux droits de l’enfant interdit de soumettre l’enfant à un travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à sondéveloppement physique, mental, spirituel, moral ou social

« Il y n’a aucune loi qui régit le travail de ces enfants comme baby-sitter ou qui l’interdit explicitement» explique maitre CHISHIBANJI CIZUNGU James, avocat près la cour d’appel de BUKAVU. « Le problème aussi se pose parce que ces jeunes filles travaillent sans contrat et sans une convention claire. Dans ces familles elles sont traitées comme des enfants de rang inférieur et non comme des travailleurs par leurs patrons. Pourtant elles sont exploitées et abusées » regrette pour sa part Maître Jean Bosco Irenge.

La responsabilité des parents et l’implication de l’Etat sont exigées par différents acteurs pour que cessent ces pratiques. Pour Jonas Kambala, assistant social de l’ONG de protection des enfants TPO, le fait que ces jeunes filles deviennent baby-sitters alors qu’elles sont encore mineures est dû souvent à l’irresponsabilité de leurs parents, l’extrême pauvreté et l’irresponsabilité du gouvernement. « L’enfant doit normalement être élevé dans sa propre famille biologique, sa place est à l’école. C’est regrettable que l’avenir de ces jeunes soit brisée à bas âge » soutient-il.

Le choix des enfants à la place des adultes se motive aussi par leur rémunération basse. « On me paye 9000 Fc (environ10$) chaque fin du mois» précise Nsimire, 12 ans. Son ami Helena, elle, touche moins qu’elle « Maman (sa patronne) me paye de l’huile de beauté et envoie un peu de nourriture à ma famille. On ne me donne pas de l’argent malgré tout le travail que je suis sensé faire» Pourtant, à un adulte, la prime minimum mensuelle est de 30$. « Pour les adultes, la prime varie entre 30 et 150$ par mois. C’est pourquoi nombreuses personnes préfèrent exploiter les petites filles pauvres moins exigeantes » précise Etienne Mugisho, sociologue.

Pour Jean-Chrysostome Kijana, Président de la nouvelle Dynamique de la société civile, le législateur doit trouver une loi qui régit ces baby-sitters « Le législateur doit trouver une façon de faire cesser ce genre de pratique. Il doit donc trouver une loi qui régit ces baby-sitters au lieu de recourir toutes les fois au raisonnement par analogie ».

Jean Chrysostome estime qu’un plaidoyer doit être mené au niveau du parlement congolais pour trouver une loi qui puisse couvrir ces enfants « vulnérables ».

Pierre Basema Pierrot/ Etudiant ETJ

Lire aussi sur: http://speakjhr.com/2014/06/bukavu-triste-sort-pour-les-baby-sitters-mineures-de-la-pauvrete-la-torture/

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