Au Sud Kivu, environ 15 fillettes violées à Kavumu entre janvier et mai 2014.

3 Juillet 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Depuis 4 mois, des adultes violent de petites filles âgées de 2 à 7 ans à Kavumu. Ils prétendent que ces crimes leur apportent chance pour avoir la richesse. L’hôpital de Kavumu a enregistré 15 cas qui ont ensuite été transférés à l’Hôpital de Panzi. La population du milieu vit dans la peur et la colère suite à ce phénomène.

Dans la nuit du vendredi 9 mai, une petite fille de 7 ans, élève en première année primaire, est violée à Bushumba, un village situé dans la cité de Kavumu à environ 30 km de la ville de Bukavu. Son père, veuf, témoigne : « il était 5 heures du matin. En voulant sortir de ma chambre, j’ai constaté que la porte de celle-ci était bloquée. C’est ainsi que Shukuru m’a expliqué qu’un homme est venu la nuit, il l’a tenue par la bouche puis emportée dans un immense champ de maniocs. Il s’est couché sur son ventre et a commencé à la violer. La petite, suite aux douleurs, a commencé à crier et le bandit a pris fuite en abandonnant l’enfant. Quand ma fille me l’a dit, je ne lui ai pas cru. J’ai donc vérifié ses parties génitales et j’ai constaté des blessures et du sang. Avec l’aide des voisins, nous l’avons conduite au centre hospitalier de Kavumu où elle a subi des soins primaires ».

Le premier cas de ce genre a eu lieu aux environs du centre de Kavumu chez maman Ornella il y a quelques mois. Elle explique : « toute la journée nous travaillions avec Ornella. Vers 20 heures, nous nous sommes endormis sans inquiétude. Avant minuit, j’ai senti un courant d’air qui me faisait frissonner. Je suis allée au salon. Curieusement, la porte du salon était ouverte. Je suis partie vérifier si les enfants étaient bien couverts, et, à ma surprise, Ornella n’était plus au lit avec les autres. J’ai donc alerté tout le village. Nous avons cherché et retrouvé la victime endormie inconsciente avec des blessures au niveau du vagin et de l’anus. Nous l’avons vite amenée à l’hôpital de Kavumu qui l’a transférée à l’hôpital de Panzi ».

Le mode opératoire est le même

Selon les témoignages concordants des familles des victimes, le mode opératoire des bourreaux est le même.Les enfants sont enlevées du domicile familial, amenées en brousse puis violés et abandonnées pour être retrouvées ensuite avec de sérieuses lésions gynécologiques liées aux violences sexuelle subies.

Le Médecin Directeur du centre hospitalier de Kavumu, le Docteur Julien, affirme qu’ils ont déjà dénombré une quinzaine des fillettes violées. « La plus part de ces enfants arrivent à l’hôpital avec des plaies et du sang au niveau des organes génitaux. Les autres présentent des déchirures du rectum qui peuvent occasionner des troubles du sphincter », précisa-t-il.

De fausses croyances qui détruisent

Selon le Docteur Raphael, ce phénomène est inacceptable. Il ne s’agit pas que d’une violence sexuelle mais plutôt d’une mutilation. Car, selon lui, il n’y a aucun plaisir à tirer en violant une petite fille de 3 ans ou moins.« Les malfaiteurs ont de fausses croyances selon lesquels, violer une petite fille procure la chance de devenir riche. C’est pitoyable », s’exclama-t-il.

Le Chef de Groupement de Bugorhe, Guillain KALIBANYA, s’étonne de ces événements. « C’est pour la première fois que nous assistons à des tels actes de barbarie. Il s’agit d’une mutilation perpétrée par des personnes qui croient aux forces mystiques. Elles pensent que certaines parties de l’appareil génital d’une petite fille vierge valent de l’argent. Ce qui est pourtant faux », martela-t-il.

Pour Docteur Denis Mukwege, Médecin Directeur de l’Hôpital de Panzi, ces actes sont loin de refléter l’humanité. « Il n’y a pas deux semaines, j’ai opéré un bébé de 2 mois à l’hôpital de Panzi qui a subi les mêmes atrocités. Ce que subissent ces enfants nous montre à suffisance qu’il y a des humains qui n’ont rien d’humain,déclare-t-il d’un ton révolté. Ces actes ont de graves conséquences sur la santé physique de ces enfants pour tout leur avenir. Il s’agit notamment des problèmes de cicatrisation, possibilité de ne jamais procréer… Mais aussi de sérieux troubles psychologiques qui pourront se manifester par une difficile insertion sociale, le manque d’estime et la frustration ».

La justice accusée de passivité

Journée de plaidoyer en faveur des victimes de viol à Bukavu. Mai 2014 (Photo Prince Murhula)

A Kavumu, la population dit être « laissée pour son compte » et accuse les autorités judiciaires, militaires et policières de ne rien faire pour attraper les violeurs et les traduire en justice. L’association locale des mamans « OBOLOLOKE » (développement Ndlr) pense que les autorités judiciaires et militaires sont complices de ces malfaiteurs. Une femme d’une quarantaine d’années, membre de cette association affirme : « Quand on traduit un violeur en justice, il suffit qu’il donne 100 dollars et il est relâché par les autorités ».

Le vice-président de la société civile de Kavumu, affirme aussi ces faits. « Quand on arrête le bourreau, il donne de l’argent et il est relâché aussitôt par la justice. Bref, il y a impunité des auteurs de viol ici » déclara-t-il.

Les autorités judiciaires, policières et militaires rejettent en bloc ces accusations et demandent aux habitants de Bugorhe de leur faire confiance. « Nous avons reçu quatre cas seulement de viols de petites filles sur les 15 qui sont déclarés par les différentes organisations ici. Le problème n’est pas de notre côté. C’est plutôt la communauté qui ne vient pas nous saisir », se défendit-il. Celui-ci regrette de voir que la population ne saisit pas la justice pour dénoncer les bourreaux auteurs de viols privilégiant les arrangements à l’amiable.

Le commandant Kalume de la Police Nationale Congolaise de Kavumu rejette aussi ces accusations. Il reconnait toutefois que son institution travaille avec d’énormes difficultés. « Dans tout le territoire de Kabare d’une étendue de 1960 Km², nous ne disposons seulement que de 150 policiers pour sécuriser les citoyens et leurs biens. C’est un nombre insuffisant pour nous permettre de bien faire notre travail », déclara-t-il.

La collaboration de tous pour enrayer ce mal

Pour le mouvement V-Men, organisation qui regroupe les hommes qui luttent contre les violences sexuelles et violences basées sur le genre, il faut une implication de tous et une bonne collaboration pour que cesse ce mal. Cette organisation demande à la population d’être vigilante et de dénoncer ces auteurs de viol. « Nous recommandons aussi une bonne collaboration entre la population, la police et la justice. Mais aussi que les malfaiteurs appréhendés ne soient pas relâchés par la justice, plutôt, qu’ils soient sanctionnés selon la loi. L’Etat doit s’impliquer activement pour empêcher cela », insista Roger Buhendwa, porte-parole de V-Men RDC.

« Il n’y a pas de fatalité ; ensemble, nous pouvons changer le cours des événements. Nous devons nous mobiliser pour dénoncer le viol de nos enfants, créer des mécanismes d’alerte pour restaurer la sécurité dans nos quartiers et mettre fin à l’impunité », a conclu le Docteur Denis Mukwege.

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Justin Nkumbarhi/ Etudiant ETJ (Ecole technique de journalisme)

Au Sud Kivu, environ 15 fillettes violées à Kavumu entre janvier et mai 2014.

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murhula 28/06/2015 18:05

cette situation est loin de changer vraiment.