Mwenga : Les grossesses et mariages précoces, une triste réalité

24 Août 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Femmes qui transportent du bois
Femmes qui transportent du bois

A Mwenga, dans la province du Sud Kivu, à l’est de la RDC, des mariages précoces et grossesses précoces sont enregistrés quotidiennement. Les habitants du milieu trouvent cette pratique normale car, d’ailleurs, encouragés par la coutume locale. Les acteurs locaux impliqués dans la lutte contre les violences sexuelles appellent à plus d’implications d’autres organisations pour mettre fin à cette forme de violences sexuelles qui sévit dans ce milieu

Vendredi 08 Août , Anita, 15 ans, quitte la maternité dans un centre de santé de Mwenga où elle vient d’avoir un petit garçon. La jeune maman est heureuse “ Dieu est grand. Je suis très fier d’entrer aussi sur la liste des mamans ” se réjouit-elle.

Dans le quartier d’Anita, à Bulinzi, le « Bilengi » ( appellation locale pour désigner le grand festin à l’occasion de la sortie de la mère à la maternité) se prépare pour célébrer cet événement. Son père, sa mère, ses oncles et tantes sont tous mobilisés pour la circonstance.

Le jeune garçon qui l’a rendu enceinte ainsi que toute sa famille sont aussi présents pour la fête. ” Ma femme a mis au monde, je suis aussi papa “ se vante le jeune Bulambo, 17 ans, en ingurgitant quelques gorgées du « Malungu », une boisson locale tirée du palmier à huile.

Les voisins et autres membres du village entonnent des chants et danses traditionnels pour fêter cettenouvelle naissance “que celles qui n’ont pas encore mis au monde trouvent ici l’exemple” entonnent en langue locale les femmes au rythme des tamtams.

Comme pour Anita, ses amies Cecile, Faida et Rose, venues fêter son accouchement, ont aussi eu des bébés entre l’âge de 13 et 15 ans. Ces dernières cohabitent déjà avec leurs « maris » même si elles sont encore mineures.

Une pratique normale dans le village

Selon le pasteur Danny Wanza de la 8e CEPAC Mwenga, ces genres de célébrations sont légion dans cette partie de la province du Sud Kivu. “ C’est chaque jour qu’on voit des jeunes filles tomber enceinte, mettre au monde ou cohabiter avec des garçons ici. Ce qui met en liesse toute la communauté qui s’en réjouit »témoigne-t-il. Cet homme d’église a tenté à plusieurs reprises de décourager cette pratique mais en vain« comme les gens savent qu’on ne peut pas bénir un tel mariage à l’église et à l’état, ils préfèrent alors cohabiter coutumièrement sans passer par nous. Pour eux c’est normal pourtant le mariage des mineurs est interdit par notre loi “

A Mwenga, les jeunes filles qui tombent enceinte et mettent au monde reçoivent les honneurs de leur entourage. “ Même quand une fille de 12 ans tombe enceinte, ses parents commencent à préparer la fête pour le jour de sa sortie de la maternité. On lui achète des nouveaux habits et tout le monde danse en son honneur. On se moque même de ceux là qui n’ont pas encore mis au monde en leur demandant de faire de même” raconte Alice Lutombo, jeune fille du milieu.

Dans un environnement où la pauvreté gagne la plus grande partie des habitants, offrir ces honneurs à une fille est un fait exceptionnel. “ Nous voyons alors des jeunes filles qui sont contentes une fois enceinte car elles vont avoir des nouveaux habits et tout le monde va les traiter de fertile “ souligne Alice, tout en regrets.

Les mariages et grossesses précoces sont, en fait, aussi encouragés par la coutume locale qui méprise les femmes stériles. “ Dans notre coutume, une jeune fille qui a un enfant a plus de valeur qu’une femme mariée qui n’en a pas encore. Ainsi, quand ma fille met au monde je me dis que c’est une bénédiction. Ca prouve qu’elle est fertile “ raconte tout fier le père d’Anita.

Vies et avenirs gâchés

Au lieu de porter plainte à la police pour viol, les parents s’arrangent pour le mariage coutumier entre la jeune fille mineure rendue enceinte et son prétendant. Grace à la bénédiction de la coutume, ils commencent une cohabitation qui souvent ne dure pas longtemps. ” Vous vous imaginez une fille qui se marie à 13 ans et son mari a 17 ans. Souvent après 3 ans, ils se séparent. Le garçon cherche une autre femme et la fille se trouve un autre mari et ainsi de suite. Vous verrez ainsi la fille à 25 ans avec 8 enfants de trois ou quatre papas différents. Les parents trouvent cela normal ici “ regrette Gloire Binwa l’une des rares filles du milieu à avoir terminé le cycle secondaire et obtenu son diplôme d’Etat (Bac) .

J’avais 14 ans quand j’ai eu mon premier enfant. Après mon deuxième accouchement, à 15 ans, il m’a quitté pour une autre. Je suis revenu chez mes parents et cinq mois après un autre homme a proposé de me prendre chez lui. J’ai accepté. Avec lui j’ai eu 2 autres enfants. A 18 ans, j’avais quatre enfants. Il m’a aussi abandonné si tôt “ témoigne Sifa, habitante du village. Aujourd’hui, la jeune maman a 22 ans. Elle a trouvé un autre homme avec qui elle cohabite, son troisième mari.

Le chef de quartier Shaba dans le village Bulinzi 2 (au centre de Mwenga), reconnait que ces mariages précoces gâchent l’avenir de ces jeunes filles “ Quand elles se marient ainsi, elles abandonnent les études très tôt et se mettent à mettre au monde. Elles sont aussi très souvent battues par leurs prétendus maris. Tout leur avenir est ainsi marqué par des enfants, l’ignorance, les pleurs et la pauvreté. C’est du gâchis” regrette ce chef local.

Ces jeunes mamans connaissent ainsi d’énormes difficultés liées notamment à la prise en charge de leurs enfants. “ J’avoue que j’éprouve des difficultés de les faire soigner, les nourrir, les vêtir, les faire étudier. La vie est très dure ici à Mwenga ” reconnait Sifa. Pour subvenir aux besoins de leurs enfants, la plupart de filles finissent par s’adonner au petit commerce et d’autres, malheureusement, à la prostitution. Celles qui ont encore de la chance trouvent des nouveaux maris qui acceptent de les acceuillir sous leurs toits et de prendre en charge leurs enfants.

Pour une mobilisation de tous contre les viols à Mwenga

Selon la loi congolaise, tout rapport sexuel ou rapprochement charnel avec une personne âgée de moins de 18 ans est un viol. La loi sur les violences sexuelles en RDC souligne en même temps que le consentement d’un mineur pour des rapports sexuels n’a pas de valeur.

” Les personnes qui encouragent ces mariages ou ces adultes qui prennent en mariage les petites filles doivent être arrêtés et jugés pour viol au regard de la loi “ martèle Marcellin Katunda, superviseur du Projet Ushindi à Kitutu dans le territoire de Mwenga. Ce projet a été initié par la Fondation Panzi pour contribuer à lalutte contre les violences sexuelles dans différents milieux ruraux du Sud Kivu. “ Malheureusement des familles continuent à poser résistance à chaque fois qu’on leur parle de la protection de la jeune fille et qu’on essaye de décourager les mariages précoces” regrette M. Katunda.

Il reste cependant optimiste et appelle à plus d’implication des partenaires à Mwenga à travers des programmes de sensibilisation et prise en charge des survivantes des violences sexuelles pour une prise de conscience par la population locale de ce problème. “ Cela permettra aussi de décourager cette pratique et d’inciter les familles à dénoncer chaque fois qu’il y a viol “ conclut-il.

A part le Projet Ushindi de la Fondation Panzi, peu d’acteurs sont actuellement actifs sur le terrain à Mwenga dans le cadre de la lutte contre les violences sexuelles.

Prince Murhula Mushagalusa

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