Harcèlement sexuel : de plus en plus croissant dans les universités

17 Octobre 2014 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Vue d’une université locale / Photo Rosine Migabo
Vue d’une université locale / Photo Rosine Migabo

Depuis quelques années, au Sud Kivu, le harcèlement sexuel prend de plus en plus de l’ampleur dans des universités et institutions supérieures. Certaines filles harcelées, par crainte de reprendre l’année, finissent par céder. Une pratique pourtant dénoncée par les comités des étudiants.

« L’année passée, mon encadreur m’a invité chez lui pour la correction de mon travail de fin de cycle de graduat. Il m’a obligé de coucher avec lui pour que je puisse réussir. Par peur d’être coincé par lui, j’ai cédé», témoigne Gloria, étudiante au sein l’Institut supérieur pédagogique de Bukavu, ISP-Bukavu.

« Il y a deux ans, un professeur m’a exigé des rapports sexuels pour que je puisse réussir dans son cours. Il m’a même promis de passer en première session si je cédais. Mais entre-temps il menaçait de me faire échouer si je refusais. Je ne pouvais pas résister. J’avais peur d’échouer », témoigne pour sa part Binja étudiante à l’Institut supérieur médical, ISTM.

Se trouvant en position de faiblesse, des étudiantes sont souvent contraintes d’accepter l’arrangement proposé par l’enseignant. Celles qui refusent se retrouvent généralement bloquées. C’est le cas de Dorcas, étudiante à l’Université Libre de Grands Lacs, ULGL : « l’année antérieure j’ai échoué en deuxième année de graduat. Un enseignant m’avait fait des avances. Il voulait que je puisse coucher avec lui. J’avais refusé malgré son insistance. Il m’a alors donné la cote zéro à son cours. J’ai repris de classe cette année là » témoigne-t-elle.

Dans nombreuses universités de la ville de Bukavu, cette pratique prend pourtant de plus en plus d’ampleur.

Les enseignants se défendent

Gédéon Bugandawa, enseignant à l’ULGL/BUKAVU reconnait l’existence de ce phénomène « je sais qu’il y a des enseignants qui font ça. Mais aussi il faut reconnaitre que des étudiantes sont parfois à la base de cette situation »argue-t-il. « Il y a certaines filles qui s’habillent mal. Elles portent des mini jupes ou des pantalons sexy. En voyant cela, certains enseignants qui ne savent pas résister leur font des avances » se défends-t-il.

La corruption constitue aussi une réalité dans les universités locales. Certains enseignants obligent aux garçons de donner de l’argent pour réussir aux cours. Aux filles, par contre ils exigent des rapports sexuels poursuit Gédéon. « On exige les rapports sexuels chez les filles car c’est la meilleur chose qu’elle puisse donner ».

Guershom Mugisho, assistant à l’Université évangélique en Afrique estime pour sa part que ce comportement est général dans des universités du Sud Kivu.

De son côté, le Directeur général de l’Institut supérieur de développement rural, ISDR/BUKAVU, Professeur Pascal Isumbisho, reconnait l’existence de ce phénomène. Mais à l’ISDR, confie-t-il, la sanction est sévère pour les coupables « Dans notre institution, lorsque nous attrapons un enseignant qui se rend coupable de harcèlement sur nos étudiantes, il est révoqué sans délai ».

Mais dans nombreux cas, les étudiantes ne dénoncent pas fait observer le Professeur Isumbisho « Ces étudiantes sont des victimes. Mais si elles ne veulent pas dénoncer le comportement de l’enseignant et préfèrent céder, nous les considérons aussi comme fautives. Si nous arrivons à le savoir, elles sont aussi chassées de l’université » précise-t-il.

« Nous dénonçons pourtant »

Les comités des universités et institutions supérieures de la ville de Bukavu affirment pourtant dénoncer des cas de harcèlement sexuel au près de leurs autorités académiques. Selon le porte parole de l’ULGL, à plusieurs reprises ils ont saisi les responsables de leur institution « Nous recevons des cas des étudiantes qui viennent se plaindre au près de nous parce qu’elles sont harcelées. Chaque fois que nous portons ces cas au près des autorités de notre université, le dossier est toujours classé sans suite » précise Vuninga Mwami, porte parole de l’ULGL.

« Lorsqu’une étudiante vient se plaindre au près de nous, nous plaidons pour son cas. Certains cas reçoivent une réponse favorable et l’enseignant est blâmé par le recteur. Mais c’est très souvent les dossiers n’ont pas de suite favorable », déclare pour sa part le porte-parole de l’UNIC ISGA.

Parfois aussi des étudiantes saisissent elles même des autorités pour dénoncer des enseignants qui les harcèlent « J’étais allé voir le recteur pour dénoncer l’enseignant qui me faisait des avances. Le recteur m’a promis d’étudier son cas. Mais l’enseignant n’a pas été inquiété. A la fin c’est moi qui étais la victime. On m’a collé zéro et j’ai échoué la même ’année », se rappelle Dorcas, étudiante à l’ULGL.

En dénonçant, les victimes et comités des étudiants veulent pourtant voir des enseignants être sanctionnés par leurs supérieurs. « Des mesures doivent être prises contre tout enseignant auteur d’un harcèlement sur des jeunes étudiantes » martèle Vuninga Mwami.

Porter plainte en justice

En République Démocratique du Congo, le harcèlement sexuel constitue pourtant une infraction. Mais généralement, les victimes restent passives et ne saisissent pas les autorités judiciaires pour dénoncer « Une personne qui est harcelée peut saisir un Officier de police judiciaire (OPJ) au niveau de la police ou un magistrat au parquet pour dénoncer. Elle peut aussi saisir directement le tribunal sur base d’une citation directe. Si la victime dénonce, l’auteur du harcèlement peut être arrêté, jugé et condamné » souligne Maitre Cuma Bashizi Landry, juriste.

Selon l’article 174 de la loi sur les violences sexuelles en RDC : se rend coupable d’harcèlement sexuel « qui conque aura adopté un comportement persistant envers autrui se traduisant par des paroles, des gestes, soit en lui donnant des ordres ou en abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions en vue d’obtenir de lui des faveurs de nature sexuelle »

Et de poursuivre : « le coupable sera puni d’une servitude pénale de un à douze ans et d’une amande de 50 mille à 100 mille francs constant ou d’une de ces peines seulement ».

Par Rosine Migabo

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dépannage serrurier paris 15 14/12/2014 00:16

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

Pierre Basema 22/10/2014 16:58

c'est vraiment intéressant l'article, mais pointer du doit l'une de ces universités ne serait-il pas une infraction en cas de plainte contre vous? mais bon courage vraiment