Nord-Kivu: Les enfants dans les mines : un travail dangereux

19 Juin 2015 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Enfants exploités dans les minérais @Ph. Wazaonlin
Enfants exploités dans les minérais @Ph. Wazaonlin

A Rubaya, des enfants sont exploités dans des carrés miniers. Nombreux parmi eux abandonnent l’école pour s’adonner à l’exploitation des mines. Ils sont ainsi exploités pour réaliser de lourds travaux dans ces sites miniers. Situation illégale qui, pourtant, prend de l’ampleur.

Rubaya est une cité située à plus de 50 kilomètres de Goma, dans le Nord Kivu. « Elle compte à ce jour plus de 5000 habitants. » précise Gilbert Bandu, l’un des chefs coutumiers de la cité. « Cette croissance démographique est due à l’exploitation artisanale des minerais qui se développe dans une dizaine de carrés miniers actifs dans ses alentours », précise-t-il.

Parmi ces carrés, on peut citer notamment Nyange, Kakombe, Budjari et la société minière MH. « La carrière de Nyange est la plus mouvementée actuellement. On y exploite principalement le coltan et la cassitérite », précise Gilbert Bandu. Dans ces mines, de nombreux enfants sont employés dans les travaux d’extraction et de transport des minerais.

Une violation des droits des enfants

« Des enfants abandonnent l’école pour travailler dans des sites miniers. On les exploite comme creuseurs et transporteurs des matières pour les opérateurs miniers », dénonce Alex Byanikiro, conseiller à la coordination provinciale de la société civile du Nord Kivu.

On compte actuellement plusieurs centaines d’enfants qui sont employés dans les mines, selon la société civile locale. Ils sont attirés par l’argent et abandonnent sans remords les études.

« Nous étudions pour avoir l’argent. Et pourtant en exploitant les minerais, nous avons l’argent, pourquoi encore étudier ?», justifie Clément Kandundawa, 16 ans, creuseur de minerais à Rubaya.

La naïveté et l’ignorance de ces enfants fait aussi partie des éléments qui poussent les tenanciers des carrés miniers à les employer. Moins exigeants que les adultes, ceux-ci sont prêts à tout et à moindres frais. « Ils coûtent moins cher que les adultes et sont très obéissants », reconnait, sous couvert d’anonymat, un creuseur minier.

« Quand je transporte un colis de 50 Kg, on me paye 500 Fc (0,5$) la course », indique Biregeo Antoine, 15 ans. « A un adulte, on paye 3000 (environ 3$) Fc ou 4500 Fc (5$). Mais nous on est des enfants. On ne peut que se contenter de ce qu’on reçoit », ajoute-t-il.

Une pratique dangereuse et illégale

Dans les carrés miniers, ces enfants sont exposés à plusieurs dangers et notamment ceux liés à la santé. « Le poids qu’ils transportent ne correspond pas à leur âge. Cela influe négativement sur leur croissance», affirme Jean-Paul Kisula Kikwayabo, infirmier à l’hôpital général de Mweso. De nombreuses filles mineures y sont aussi exploitées sexuellement par des miniers. « Elles coûtent moins cher que les adultes », reconnait un creuseur de la place.

L’entourage fréquenté par ces enfants dans les carrés miniers a aussi une influence négative sur leur moralité. « Ils apprennent à fumer du chanvre et se droguent avec des boissons à forte dose d’alcool. C’est comme une école des bandits où on éteint les rêves de ces enfants», regrette Joseph Mitondeke, père de famille, habitant de Rubaya.

Ce qui est pourtant interdit par la loi. Selon l’article 53 f de la loi portant protection de l’enfance en RDC, sont considérés comme les pires formes de travail des enfants, « les travaux qui, par leur nature et les conditions dans lesquelles ils s'exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la croissance, à la sécurité, à l'épanouissement, à la dignité ou à la moralité de l'enfant ».

Ce qui alarme Me Alexis Sindja, point focal de l’ONG Transparency Initiative à Goma. « Le fait d’utiliser ces enfants dans des sites miniers constitue une violation grave de leurs droits », interpelle-t-il.

Les autorités rassurent

Du côté de l’administration publique, on reconnait cette situation. Lemons Maremo Shamamba, chef d’antenne des mines de la province du Nord Kivu, assure toutefois que des actions sont en cours pour mettre fin à cette pratique. « Nous déployons régulièrement nos équipes sur terrain pour identifier des sites qui exploitent des enfants. Chaque fois que nous repérons un cas, le propriétaire du site est sanctionné », déclare-t-il d’un ton ferme.

Pour lutter contre la présence illégale des enfants dans les mines, le ministère provincial des mines a autorisé, depuis 2012, la création d’une association des transporteurs, l’une des actions mises en place dans le but de mettre fin à la présence des enfants dans ces sites. « Ainsi, seuls les personnes majeures sont autorisées à transporter les minerais. D’autres actions sont en cours pour éradiquer ce phénomène », rassure Emmanuel Nzimubanzi, chef de division des mines de la province du Nord Kivu.

Cosmas Mungazi

@RCN Justice& Démocratie –UCOFEM-JED

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