Bukavu: Des enfants exposés aux accidents à la recherche de l’eau

21 Janvier 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Des habitants se bousculent à un puit d'eau. Ph. Droits des tiers
Des habitants se bousculent à un puit d'eau. Ph. Droits des tiers

Dans la commune de Kadutu, en plein centre-ville de Bukavu, des enfants parcourent des longs trajets à la recherche de l’eau, avec de lourdes charges et souvent à des heures tardives. Ce qui les expose aux accidents, risques des viols, et problèmes sanitaires.

Il est six heures du matin. Nous sommes sur l’avenue Biname-Mavuno dans le quartier Buholo Kasha en commune de Bagira. Ntumwa Jean Jacques, 13 ans, revient d’un puit d’eau avec son bidon de 20 litres sur la tête. « C’est à la borne fontaine, Kido, située à Pas à pas, que je me rend chaque matin pour puiser », raconte-t-il. Cette borne est située dans la commune de Kadutu, à environ un kilomètre de son habitation. « C’est très pénible. Chaque fois que je reviens puiser de l’eau je me sens très mal. J’ai des douleurs au cou et au dos », ajoute-t-il.

Son voisin, Imani Mushagalusa, 10 ans, vit aussi quotidiennement le même calvaire. « Chaque jour maman me réveille à 4h du matin pour aller puiser de l’eau à Kido. J’ai déjà fait cinq tours depuis mon réveil matin. Je me sens déjà fatigué et ma tête me fait déjà très mal. Mais je n’y peux rien, je dois aider les parents », témoigne-t-il.

Comme pour ces jeunes, nombreux autres enfants des communes de Kadutu et Bagira vivent la même situation. Malheureusement, la plupart d’entre eux sont exposés aux nombreux obstacles pendant leur parcours.

Des dangers pour les enfants

« Mon fils de sept ans est tombée hier dans cette fossé. Il a connu une fracture de la jambe gauche », témoigne Nyoya Zihindula, rencontrée autours du puit du quartier Funu. Depuis début juillet 2015, à Kadutu, une dizaine d’accidents d’enfants a été enregistrée dans des puits d’eau. Certains parmi eux ont connu des fractures des bras et des jambes pendant qu’ils s’adonnaient à la recherche de l’eau. Obligées de quitter leurs maisons très tôt, avant le lever du soleil, pour se rendre à la borne fontaine, certaines filles sont aussi victimes de violences sexuelles dans ces milieux. « Environ trois cas de viol ont été enregistrés à Buholo II ces derniers jours. Au dernier cas, c’est une fille de 13 ans qui a été abusée par un groupe d’enfants de la rue sur cette avenue », témoigne Patient Bagalwa, habitant de Buholo II.

La situation est aussi pareille dans les quartiers voisins. « Nous avons enregistré plusieurs cas des jeunes filles violées à Nyamulagira pendant qu’elles allaient puiser de l’’eau aux heures tardives », ajoute part Luhiriri Vincent, membre du Réseau pour la protection de l’enfance, RACOP, une association des droits de l’homme.

Outre les accidents et les risques de viol, ces enfants sont aussi exposés aux différents problèmes de santé. « Les enfants qui portent des récipients qui dépassent leur poids normal sont exposé à des pathologies du genre staturo-pondéral. C’est-à-dire, l’enfant connait une stagnation remarquable dans le développement de sa taille. Le fait aussi de se rendre aux puits sans chaussures les exposent au tétanos », souligne Dr Alain Dunia, médecin au Centre hospitalier de Kadutu.

Une violation des droits des enfants

Pour Me Landri Bashizi, juriste à l’ONG Vision Sociale, une organisation de défense des droits de l’homme, il est normal que les enfants travaillent en famille pour porter un plus aux multiples charges qu’ont les parents.« Néanmoins, pour une tranche d’âge, il est inconcevable que l’enfant soit soumis à des travaux susceptible de nuire à leur santé et à leur croissance », précise-t-il.

Selon l’article 53 de la loi portant protection de l’enfance, les pires formes de travail des enfants sont interdites.« Sont considérées comme pires formes de travail des enfants : (…) les travaux qui, par leur nature et les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la croissance, à la sécurité, à l’épanouissement, à la dignité ou à la moralité de l’enfant » insiste le point « f » de cet article.

La cheftaine adjointe du quartier Mosala, Césarine Cihuguyu, reconnait cette situation. Mais elle estime que le problème est surtout lié à la carence de la desserte en eau potable dans ces quartiers. « Il y a des avenues comme Buholo I, Buholo II et Funu, où la Régideso (société chargée d’assurer la fourniture en eau, en RDC Ndlr) ne fournit plus de l’eau depuis une dizaine d’années. C’est pourquoi les parents se servent de leurs enfants pour approvisionner leurs maisons », affirme-t-elle.

Mais face à la recrudescence des menaces qui pèsent sur ces enfants, des mesures ont été prises au niveau du quartier Mosala. « Nous avions interdit aux parents d’envoyer les enfants, surtout la nuit, pour puiser de l’eau », souligne-t-elle. « Depuis six mois, nous avons aussi placés un groupe de jeunes dans chaque puit pour mettre de l’ordre et éviter que ces enfants qui viennent puisé se bousculent. Cela a sensiblement réduit le nombre des accidents dans les puits », ajoute-t-elle.

Elle recommande, toutefois, que soit rétablie l’eau dans cette partie de la ville. « Si ces quartiers sont desservies en eau, les parents ne pourront plus aussi envoyer leurs enfants comme c’est le cas aujourd’hui. C’est donc là la solution durable à ce problème », conclut-elle.

Jackson Ciberege Lwakasi

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