Bukavu : Des fumeurs exposent la santé des non-fumeurs

21 Janvier 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Un jeune fumeur rencontré à Bukavu. ph. Chrispin Mwandulo Fikiri (ETJ)
Un jeune fumeur rencontré à Bukavu. ph. Chrispin Mwandulo Fikiri (ETJ)

À Bukavu, fumer dans des espaces publics est une habitude pour plusieurs personnes. Dans certains bureaux ou stations-services, on trouve des messages interdisant de fumer. Malheureusement, rares sont ceux-là qui observent cette norme.

« Je suis allée me faire consulter à l’hôpital, car je souffre d’une toux aigue. À ma grande surprise, le médecin m’ademandé de cesser de fumer. Pourtant, je ne fume pas. C’est plutôt mon conjoint qui est fumeur », raconte Immaculée Njinikire, infirmière à l’hôpital provincial général de référence de Bukavu.

Comme elle, nombreux autres habitants de la ville de Bukavu, dans la province du Sud Kivu, sont exposés à la fumée du tabac ainsi qu’à ses méfaits. Pourtant, ils ne fument pas eux même. C’est aussi le cas de Lucia Riziki, travailleuse au marché Beach Muhanzi, situé dans la commune de Kadutu. « Mon mari est fumeur. Cela me fait beaucoup de peine. Même au lit, je suis gênée. Il m’arrive même de développer certaines malaises telle que de maux de tête et la toux », témoigne-t-elle.

Un danger aussi pour les non-fumeurs

Dans la ville de Bukavu, depuis une dizaine d’année, il est rare de fréquenter des milieux publics sans affronter des personnes qui fument en plein air. Cela est visible dans les marchés, les aires des jeux, les bureaux et même dans des foyers. Ce qui fait que, même sans le savoir, les non-fumeurs inhalent à leur tour la fumée produite par les fumeurs. « Tant pour le fumeur que pour ses voisins qui respirent l’air pollué par le tabac, ce dernier diminue le système de défense de l’organisme et peut entraîner le cancer pulmonaire, cancer du nez, cancer du sein, cancer d’estomac, voire l’hypertension…», prévient Dr Dady Yanga, médecin à la clinique saint Luc de Bukavu. Ce que reconnait aussi Dr Claude Balagizi, agent à l’inspection provinciale de la santé. Il rappelle qu’une étude menée par l’organisation mondiale de la santé indique que la consommation du tabac peut être à la base de beaucoup de maladies. « Le tabagisme provoque un décès toutes les 6,5 secondes dans le monde », déclare-t-il.

Du côté des fumeurs, la plupart affirme être informé des méfaits du tabac sur leur santé et sur leur entourage. Mais, toutefois, ils n’arrivent pas à s’en séparer. « Je sais bien que fumer est préjudiciable à la santé, mais je ne peux plus laisser car je suis devenu indépendant. C’est pourquoi quand je fume, je me mets à l’écart pour ne pas gêner les autres », déclare Winda Cirimwami, habitant de Camp TV, dans la commune de Kadutu.

Si Cirimwami, lui, a pris conscience du danger que fumer en public représente pour ses proches, cela n’est pas le cas pour nombreux autres fumeurs. « Je ne vois pas qu’est ce qui peut m’empêcher de fumer dans mon salon en présence de mes enfants. Ou même dans un bus », insiste Alphonse Mulumeoderwa, la quarantaine, habitant de Nguba. Cette attitude partagée par de nombreux fumeurs de la ville de Bukavu, révolte pourtant les non-fumeurs.« Il y a deux jours j’étais dans un bus. Un homme a bonnement allumé sa cigarette en public et s’est mis à fumer. Cela nous a tous révolté au point qu’on l’a obligé de l’éteindre. Les fumeurs doivent comprendre qu’on est pas tous amateurs de leur fumée », témoigne Lumière Masimango, étudiante en droit.

Pratique interdite par la loi

Selon l’article 5 de l’arrêté ministériel de 2007 portant mesures applicables à l’usage et à la consommation du tabac et ses dérives, « il est interdit de fumer dans les lieux fermés accessibles au public faisant partie des établissements ou bâtiments dans lesquels des prestations sont fournies au public, moyennant paiement ou non, en ce compris, les avions civils et les transports en public, bus, taxis, trains et bateaux, ceux dans lesquels des malades ou des personnes âgées sont accueillis et soignés, des enfants ou des jeunes en âge scolaire, logés et soignés, l’enseignement et/ou la formation professionnelle sont dispensés, des expositions sont organisées ou des sports sont pratiqués,…».

Pour, Me Innocent Ntakobajira, avocat au barreau de Bukavu, la loi est claire à ce sujet. « Fumer en soi n’est pas illégal. Mais fumer en public ou exposer intentionnellement les autres à la fumée de sa cigarette, c’est cela qui est interdit par la loi », insiste-t-il.

Mais, malgré l’existence de la loi, dans les faits, les choses se pratiquent différemment. « On voit les fumeurs continuer à fumer en public sans être inquiétés », s’indigne Déogratias Muzuri, enseignant au Lycée Familia Dei de Ciriri.

C’est ainsi que, de manière préventive, certains tenanciers de restaurants, cyber café et bureaux interdisent désormais de fumer dans certains lieux de leurs entreprises. « Dès qu’un client se met à fumer dans le restaurant, j’envoie quelqu’un pour le prévenir pour qu’il éteigne sa cigarette. S’il ne comprend pas, j’ordonne qu’on le fasse sortir de force car sa fumée risque d’indisposer d’autres clients », renseigne Pacifique Muheha, tenancier d’un restaurant sur l’avenue Patrice Emery Lumumba. « On voit aussi de plus en plus la mention ″ interdit de fumer ″ apparaitre dans de nombreux endroits comme dans les églises, les stations essences, les restaurants, etc. C’est déjà une bonne chose qui démontre la prise de conscience du danger de fumer en public », reconnait de son côté Me Innocent Ntakobajira. Il invite les autorités à plus de rigueur en vue de protéger les non-fumeurs qui sont exposés passivement en public à la fumée toxique du tabac « Il en va du droit à la santé dont jouit chaque citoyen congolais », conclut-il.

Raphaël Ruboneka, ETJ

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