Bukavu : Des jeunes parlent difficilement leur langue maternelle en public

21 Janvier 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Vue du Rondpoint Place Mulamba, ville de Bukavu. ph. Prince Murhula
Vue du Rondpoint Place Mulamba, ville de Bukavu. ph. Prince Murhula

A Bukavu, bon nombre des jeunes ne parlent plus leur langue maternelle. La politique quasi-inexistante de l’Etat pour leur promotion, certains parents qui n’en parlent plus en famille, et l’emprunt des langues étrangères seraient à la base de leur rejet. Cette primauté d’autres langues sur celle maternelle ne reste pas sans conséquences sur la société, estiment certains sociologues.

A Bukavu, des langues maternelles des tribus locales perdent progressivement leur valeur dans les milieux des jeunes depuis une dizaine d’années. Par souci de s’intégrer dans la ville, nombreux rejettent carrément ces langues au profit des langues étrangères. « Ils, s’intéressent plus au swahili, français et anglais et ne s’approprient plus leur langue maternelle », regrette Cagaline Baguma, enseignant au département de lettres et civilisation africaine de l’Université Officielle de Bukavu, UOB. Ainsi, le mashi, le kirega, kibembe, le kihavu, etc., disparaissent de plus en plus dans les milieux publics. Pourtant, celles-ci constituent des langues maternelles de la majorité des habitants de la ville. « Il est rare, si pas impossible, de rencontrer actuellement deux jeunes en train de discuter dans leur langue maternelle. Quel que soit le sujet ils préfèrent d’autres langues », regrette Prospère Cirhuza enseignant département des lettres et civilisation africaine des langues à l’UOB.

Complexe chez les jeunes

Pour certains jeunes, parler en langue maternelle en public donne l’impression que l’on vient immédiatement du village et renvoie à leurs origines. « Je maitrise bien le kihavu mais étant en ville, je pense que le moment n’est plus opportun pour en parler surtout devant les gens », explique Juvénal Manegabe, étudiant à l’UOB. « Quand je m’exprime en mashi, des gens me regardent comme si j’étais un villageois. Je préfère alors m’exprimer dans une langue connue par tout le monde », explique pour sa part Amani Mugabe.

Au regard de la situation, le complexe d’infériorité domine certains jeunes, surtout lorsqu’ils sont en groupe. «J’avais parlé en Kirega à l’auditoire avec un ressortissant de notre village. Malheureusement, j’étais hué par mes camarades. Dès ce jour-là j’ai décidé de ne plus jamais en parler publiquement dans des groupes des jeunes », se souvient tristement Mutiki Kibukila. Si certains jeunes ont ainsi décidé d’ignorer carrément leur langue maternelle, d’’autres estiment par contre qu’il faut les valoriser. C’est le cas de Marlène Kirusha, ancienne étudiante de l’Institut supérieur pédagogique, ISP. « Certains se croient très modernisés et pensent que parler ou connaitre sa langue maternelle est une façon de se rabaisser alors que l’un des éléments indicateurs de la civilisation c’est la connaissance des langues notamment la langue maternelle », indique-t-elle.

Si cette situation est devenue courante dans la ville de Bukavu, elle n’arrête pourtant pas de se propager des villages de la province du Sud Kivu. C’est le cas de Kasha, Kavumu et Mbobero, dans le territoire de Kabare ainsi que dans plusieurs autres villages du territoire de Mwenga. « Des gens pensent dans ces villages que parler en swahili ou français donne l’image que l’on est civilisé. C’est rare qu’on y entend des gens parler dans leur langue d’origine », indique Cagaline Baguma. « Le danger est aussi que, dans quelques années, si la situation ne change pas, ces langues risquent de disparaître », craint-il.

Responsabilité partagée

Selon l’article 1er alinéa 8 de la Constitution de la RDC, « les langues nationales de la RDC sont le kikongo, le lingala, le swahili et le tshiluba. L’Etat en assure la promotion sans discrimination. Les autres langues du pays font partie du patrimoine culturel congolais dont l’Etat assure la protection ». Malheureusement, sur le terrain, rares sont les mesures mises en œuvre pour protéger les langues locales, regrette Bakenga Shafali, sociologue. « Face au progrès des langues étrangères, le français et l’anglais, ainsi que du Kiswahili qui, elle est une lange nationale, les langues maternelles locales se voient menacées de disparaître », prévient-t-il. Pourtant, estime-t-il, des mesures devaient être prises en vue d’encourager les jeunes à apprendre leurs langues maternelles et être fiers d’en parler en public. « En perdant leur langue, les jeunes perdent aussi en même temps leur culture », affirme-t-il.

A la division provinciale de la culture et arts, on est conscient de ce problème. « Notre rôle est en principe de promouvoir les langues locales », affirme un agent de la division de la culture du Sud Kivu. « Mais nous n’avons pas les moyens pour mieux appliquer notre politique. On ne peut rien faire sans argent ». Cependant, il encourage les parents à apprendre à leurs enfants la langue maternelle d’en parler en famille en vue de favoriser leur intégration. « C’est au niveau de la base que l’enfant doit apprendre sa langue et l’aimer », ajoute-t-il. « Les jeunes doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas nier leur origine. Les parents aussi doivent parler régulièrement avec leurs enfants dans leur langue maternelle pour promouvoir ces langues maternelles », conclut-t-il.

Jovial Mwinda, ETJ

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Marcel zakatindi Byeka 17/03/2016 15:09

Le debat est tres interessant car tout ce que vs aves decortique c est la verite. or en vraie dire le fait De n pas parler notre langue maternelle n pas l signe d etre civilise mais plutot Le civilise. Car vs allez chez led autres la, ils appliquent Les leur. Pour y faire, que l government provincial ke national anulent Les activites De samedi et l fait jour De la culture au Congo. Les enfants doivent reste a la maison avec leur parents pr Les apprendre.