Goma: Des parents contraignent leurs enfants à la mendicité

21 Janvier 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Goma : enfants mendiants assis au bord de la route, sous un soleil ardent. ph. Elvis Katsana
Goma : enfants mendiants assis au bord de la route, sous un soleil ardent. ph. Elvis Katsana

Dans certaines familles pauvres de Goma, des parents poussent leurs enfants à mendier dans les rues en vue de subvenir aux besoins de leurs familles. Ils sont placés dans des milieux populaires, ronds-points, marchés où ils tendent les mains aux passants durant toute la journée. Ce qui constitue pourtant une violation de leurs droits.

« C’est ma mère qui me place ici chaque matin et me récupère dans la soirée en rentrant à la maison », renseigne Saïdi Kitumaini, neuf ans, visage pâle, assis aux environs du rond-point « Signers » dans la commune de Goma, sous un soleil ardent. « Je ne suis pas le seul à mendier, mes trois petits frères sont également placés dans d’autres endroits », ajoute-t-il.

Vers le marché central de Virunga, J.N., une fillette de 12 ans, vêtue d’habits très sales, s’installe à l’entrée principale avec un regard triste. « J’encaisse entre 3 000 (3$) et 5 000 FC (5.5$) par jour. Et tout cet argent revient à mon papa qui nous achète à manger et l’autre moitié lui sert pour acheter la boisson. Au lieu de nous acheter les habits comme les autres enfants, il se soule toujours », se lamente-t-elle, ajoutant qu’elle est souvent fouettée par son père quand elle rentre mains vides.

Dans la ville de Goma, en province du Nord Kivu, de nombreux enfants quémandent à longueur des journées dans les rues et grands carrefours du milieu. Une pratique pourtant illégale et dangereuse pour ces enfants. « Mes enfants constituent ma richesse. Par le fait pour eux de mendier, je gagne beaucoup d’argent », justifie le père de JN, pendant qu’il était en train de consommer le «Kanyanga », une boisson fortement alcoolisée, dans une maisonnette au quartier Ngangi 3, en commune Karisimbi.

Par contre, d’autres parents entrainent leurs enfants à la mendicité suite à la pauvreté. Mali Kiongozi, l’un des pères de ces enfants quémandeurs, lui-même mendiant au centre-ville, rassure qu’il est conscient que ses enfants ne méritent pas cette vie, car ils ont aussi le droit de vivre mieux, d’aller à l’école et de manger à leur faim : «J’habite le camp des déplacés de Mugunga1 (12 Km de Goma) où les ONG ne nous rationnent presque plus de puis une année. C’est la raison pour laquelle je traine mes enfants dans ce métier ». « Suite aux conflits armés dans le Masisi, nous avions fui notre village, abandonnant tout derrière nous, nos champs et nos bétails », ajoute tristement ce quinquagénaire qui demande au Gouvernement de restaurer la paix dans son territoire pour qu’il retourne avec sa famille pour y cultiver ses terres.

Pour d’autres parents, le fait pour certains parents d’entrainer leurs enfants dans la mendicité constitue une irresponsabilité. « Les parents qui font cette pratique sont des lâches et irresponsables. Ils cherchent la facilité ensacrifiant l’avenir de leurs enfants », insiste Janvier Asumani, la trentaine, père de deux enfants. « Je prêche le courage et l’indépendance à mes enfants par mon propre travail, car c’est après un labeur que je les scolarise et je les nourris », ajoute-t-il.

Les ONG dénoncent

Les conditions dans lesquelles ces enfants exercent laissent aussi à désirer. « On nous amène souvent ces enfants, évanouis suite à la déshydratation et à la famine. Car ils sont exposés de long moment sous les rayons solaires », explique M Kayumba, médecin à l’hôpital provincial du Nord-Kivu. Pourtant, le nombre d’enfants mendiants sous l’impulsion de leurs parents ne cesse de s’accroitre dans la ville. Ce qui inquiète certaines organisations et institutions de protection des enfants œuvrant dans la ville de Goma. « Depuis 2014 à nos jours, nous avions déjà réussi à réinsérer dans leurs familles et dans des écoles publiques, plus de 4 800 enfants récupérés dans les rues, en train de quémander ou soit, en train d’errer », affirme Leonard Bigumanshaka, coordonnateur provincial des assistants sociaux à la Division des affaires sociales du Nord Kivu. « Nous remettons les dossiers des parents qui exploitent leurs enfant entre les mains de la justice », renseigne-t-il.

A travers les sensibilisations, les séminaires… et un système d’alerte téléphonique, le Parlement d’enfants, une ONG de la place, combat aussi les cas d’abus dont sont victimes les enfants : « Parmi ces abus nous incluons aussi l’exploitation des enfants comme mendiants par certaines parents. Nous invitons la population à dénoncer les auteurs de ces faits à travers notre numéro vert 112 que nous referons par la suite à la police », note Michael Mandeko, président du Parlement d’enfants au Nord-Kivu.

Pour Maître Jeans Nabintu, avocat au barreau de Goma, entrainer les enfants dans la mendicité est une pratique prohibée par la loi. Selon l’article 194 de la loi portant protection de l’enfant en RDC, « quiconque utilise un enfant aux fins de mendicité est puni d’une amende de cinquante mille à cent mille francs congolais ». « Il revient aux autorités de se saisir de ces cas pour assurer la protection des enfants », conclu Me Jeans Nabintu.

Elvis Katsana

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