Goma Des victimes des violences sexuelles s’intègrent progressivement au sein des communautés

21 Janvier 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Plusieurs femmes recourent aux structures privées qui s’occupent de la prise en charge des victimes des violences sexuelles dans la province. Ph. Prince Murhula
Plusieurs femmes recourent aux structures privées qui s’occupent de la prise en charge des victimes des violences sexuelles dans la province. Ph. Prince Murhula

A Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu, des femmes victimes des violences sexuelles reprennent progressivement la vie normale.

Grâce à l’insistance des organisations nationales et internationales y installées, grand nombre d’entre elles sont initiées en art, coupe et couture, et savonnerie. Après la formation et le traitement psycho-social, elles sont appelées à voler de leurs propres ailes. Après avoir subi plusieurs traumatismes, elles sont à la tête des ateliers de couture et autres petits commerces. Après une période d’apprentissage allant de 6 mois à plus d’une année, ces victimes deviennent en majorité, couturières, artistes, tenancières des petits commerces.

Combattre le traumatisme

« Dans la province du Nord Kivu, plusieurs territoires, notamment Masisi, Walikale, beni et Nyiragongo, connaissent encore l’activisme des groupes armés. C’est de là que proviennent la majorité des victimes des viols que nous prenons en charge », reconnait un agent de Heal Africa, un hôpital spécialisé dans la prise en charge des victimes des violences sexuelles dans la province du Nord Kivu.

En plus des difficultés psychologiques liées aux viols, ces femmes victimes font l’objet de rejet de la part de la communauté. « La société ne nous accorde aucune chance. Tout le monde pense que nous avons perdu toute notre dignité et que nous ne pouvons plus rien apporter à la communauté. Nous sommes considérées comme une charge supplémentaire dans nos familles », a déploré Marie Bilio, victime de viol et représentante des femmes à « Healing Arts », un centre d’encadrement des femmes victimes de viol à l’hôpital Heal Africa.

Leur contact avec le centre Healing Arts leur a permis de mener une nouvelle vie avec beaucoup d’espoir. « Je viens de totaliser six mois de formation. Je suis maintenant en mesure de fabriquer les œuvres d’art comme des bracelets, des médailles taillées en bois(…) ainsi que tricoter et coudre différents modèles d’habillements. Nous les vendons pour ensuite acheter des matériels de travail dont des files, pagnes, bois,…Et le reste d’argent nous revient pour nos petites dépenses en famille », a expliqué une d’entre elles âgée de 16 ans. « Avant de venir ici, je ne faisais que revivre les images choquantes de l’homme qui m’avait violé. En restant avec les amies et nos médecins, je me sens épanouis », a fait savoir avec sourire aux lèvres une autre victime de 20 ans révolus, devenue vendeuse des friperies au marché de Virunga.

Beaucoup parmi les victimes prises en charge par des structures spécialisées apprennent à être autonome et à se faire accepter de la société. « Nous encadrons à présent 100 femmes sur environ de 800 victimes formées depuis le début 2014. Celles-ci ont déjà monté leurs petites entreprises et gagnent raisonnablement leur vie aujourd’hui après diverses formations acquises ici », a indiqué une des responsables.

Victimes utiles

La maitrise des métiers et la réintégration sociale de la femme victime de viol portent de plus en plus leurs fruits.« Même des hommes qui avaient chassés leurs épouses aussitôt violées, acceptent de vivre avec elles sans complexe car redevenues utiles en famille », a expliqué Patient Ndeke, assistant social. C’est le cas du mari de Silvia Bamba.« Je suis présentement conscient que j’avais fait une grande erreur pour avoir chassé ma conjointe. Aujourd’hui, elle m’aide beaucoup à couvrir les dépenses familiales », a-t-il reconnu.

Après avoir été formée en coupe et couture pendant 9 mois au Collectif Alpha Udjuvi, Silvia a réussi à implanter son atelier de coupe et couture devant son domicile dans le quartier Murara en commune de Karisimbi. « Je gagne plus ou moins 300$ par mois. Cet argent me permet d’épauler mon mari pour divers besoins », a-t-elle souligné.

Pour sa part, Maître Pépé Mikwa, consultant à Uhaki safi pour la promotion de la justice, a plaidé pour l’implication de l’Etat dans cette démarche. « En plus de la réparation, l’Etat doit décourager le viol en traquant et jetant en prison les bourreaux », a-t-il dit. Selon l’article 15 de la Constitution de la RDC, « les pouvoirs publics veillent à l’élimination des violences sexuelles ».

Bénite Ashime

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