Goma: La sollicitude oblige les vieillards à se prendre en charge

31 Janvier 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Femmes de troisième âge de Goma
Femmes de troisième âge de Goma

Assise sur une petite chaise en bois, équipée d’une grosse épingle à la main et deux rouleaux de fil noir et blanc, Thérèse Masika, 60 ans, est une artiste qui fabrique des nappes et tapis à la commande.

« On est abandonné à notre triste sort par nos familles. Même les autorités de l’Etat ne se s’occupent pas de nous. Et notre seule issue demeure dans l’artisanat, travail qui assure notre survie », affirme-t-elle. A longueur des journées, elle tisse des nappes et tapis pour ses clients.

Comme Thérèse, la plupart de personnes de troisième âge sont obligées de se prendre en charge pour la survie malgré leur âge avancé. Pour la plupart, ces vieillards se lancent dans les travaux manuels pour rester indépendants. Ils tissent les nattes, des paniers, fabriquent aussi des braseros qu’ils revendent par la suite dans les marchés, dans les grandes rues, ou devant leurs parcelles.

Ainsi, elles arrivent à être utiles dans la société où elles sont marginalisées. « J’ai été chassé par mon fils ainés, intoxiqué par sa femme qui lui avait dit que j’étais sorcière. Son seul souci était de me renvoyer de sa maison. Aujourd’hui, je fabrique des braseros en argile. Après la vente, je paye mon loyer et achète des habits pour mes petits fils malgré le mauvais comportement de leurs parents », dit toute joyeusement, H.E, 65 ans. Elle renseigne ensuite qu’elle gagne au moins 10$ par jour, somme équivalent à deux braseros.

Indépendantes et utiles

« Nous n’avons aucun financement, ni des documents officiels pour notre association. Mais l’important ce que nous encadrons plus de 100 vieillards à travers différents métiers », explique Emmanuel Kambale, septuagénaire et représentant de Sisi wazee, l’une des associations qui initient les personnes de 3ème âge dans la tenue de petit commerce et l’apprentissage des métiers. A travers des conseils, cette structure décourage la mendicité aux vieillards, tout en les invitant au travail. « Chaque lundi et vendredi, journées où plusieurs vieillards se regroupent pour quémander devant les boutiques, nous profitons de cet enthousiasme pour les inviter à l’autonomie ».

Avis partagé par Maria Asifiwe, 61 ans, qui a fini par comprendre que les aides des personnes de bonne foi qu’ils reçoivent sont importantes, mais n’ont pas de garantie. « Elles nous aident à résoudre nos petits problèmes temporairement et nous oblige à revenir encore sur le lieu pour tendre la main. Après trois mois de formation, je fabrique désormais des paniers que je vends au marché central des Virunga. Une pièce coûte 4000 FC, soit 4.4$ », dit cette dame, forte au regard perçant qui n’a pas encore oublié la souffrance endurée sous le soleil en attendant les aides des charitables il y a une année.

Par ailleurs, des habitants de la ville estiment qu’acheter les produits des vieillards, c’est une bonne façon de les aider mais aussi une manière d’encourager leurs initiatives. « J’achète les objets qu’elles fabriquent pour contribuer à leur épanouissement », affirme Jackson Mateya, qui venait d’acheter une natte fraichement fabriquée à sa commande par une vieille au marché de Virunga.

Le gouvernement appelé à agir

Du côté des organisations des droits de l’homme de la province du Nord Kivu, on encourage cette auto prise en charge par les vieillards eux-mêmes. « Ces anciens, à leur âge, sont souvent confrontées à plusieurs problèmes d’ordre sanitaire, social et économique. Plus ils sont économiquement indépendants, plus ils ne sont plus vu comme un fardeau par les membres de leurs familles », explique Dufina Tabu Mwenebatende, défenseur des droits humains et président de l’Association des volontaires du Congo, ASVOCO.

Toutefois, il estime qu’il est du devoir du gouvernement congolais d’assurer aux personnes de troisième âge la pension et les aides sociales pour leur bien-être. « Il est aussi de l’obligation de l’Etat de construire les hospices des vieillards où ils bénéficieront de la nourriture et les soins de santé gratuitement ».

Selon l’article 49 de la Constitution de la RDC: « la personne du troisième âge et la personne avec handicap ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs besoins physiques, intellectuels et moraux ». « Il revient à l’Etat de faire respecter ces droits », assure Dufina Tabu.

Safi Nyondo

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