Des enfants exposés dans les rues par manque d’espaces de jeu

12 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Des enfants exposés dans les rues par manque d’espaces de jeu

Dans presque toutes les grandes rues et terrains des différentes écoles de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, des enfants se livrent à des diverses activités ludiques faute d’endroits appropriés où ils peuvent jouer tranquillement en cette période des vacances.

Pour combler leur journée, les uns parmi ces mineurs transforment les avenues à des stades de foot. Pendant qu’ils jouent, certains enfants connaissent des accidents, entrainant parfois la fracture de la jambe, en plus d’être exposés à la poussière. « Je suis obligé de jouer dans la rue car je ne sais pas où aller. Je pense que c’est cette poussière qui nous cause des grippes qui ne guérissent presque pas », confie Augustin Rusenge, élève de 6ème année primaire, rencontré dans l’une des avenues de quartier Katoyi, en commune de Karisimbi. Amoureux du sport, celui-ci se divertit avec ses amis qui courent pieds nus derrière un ballon fabriqué par des sachets, sans tenir compte des pierres qui surplombent cet endroit où ils placent deux poteaux comme dans toute compétition de foot chaque matinée.

« Nous n’avons même pas d’arbitre pouvant intercepter les fautes. C’est la raison pour laquelle mon ami venait d’être fracturé et l’autre venait de perdre ses ongles par le fait de tirer sur une pierre », renseigne Eli Paluku, la dizaine, lui-même blessé aux lèvres car signifie-t-il : « Nous nous bagarrons souvent ici (…) mais nous sommes condamné à rester ensemble car nos parents n’ont pas de moyen pour nous amener aux espaces de jeu privés ».

Les autres aussi, se dirigent vers le lac Kivu où ils nagent à leur risque: « J’évite d’aller en profondeur pour ne pas me noyer car je m’entraine à la nage », dit Elysée Kabuya, une élève de 5ème année primaire qui, avec un groupe d’enfants venus dans presque tous les quartiers de la ville, passent leurs vacances au lac Kivu, à l’insu de leurs parents. « Souvent, nous sommes fouetté par les pêcheurs… », dit cette fillette en justifiant son état d’alerte. A ces propos, El Shako, l’un de pêcheurs, démontre qu’ils punissent ces derniers pour les éviter les ennuis: « il ne passe pas une semaine sans que nous secourrons l’un d’eux, prêt à la noyade ».

Espaces de jeu privés, inaccessibles à tous

Surement, certains hommes d’affaires créent des espaces de jeu où des enfants accèdent aux balançoires étaux différents jouets (dont trottinettes, charriots, réservoirs d’eau remplis d’air où nagent les petits de quatre à 12ans), moyennant une somme allant de 3 000 FC (3.3$) à 20 000 FC (22.2$), suivant l’aisance et le confort d’un espace à un autre. « J’amène régulièrement mes trois garçons ici où je paye 30$ pour qu’ils aient accès à tous les jeux et au restaurant pour le déjeuner… », raconte Maman Feza, agent à la Monusco (la mission des nations unies pour la stabilisation de la RDC, NDLR), pendant que ses enfants sautent sur un trampoline au Park Kivu Tam-tam, espace de jeu situé au cœur de la ville.

Par contre, les espaces de jeu privé, ces endroits qui se multiplient en cette période de vacances, sont devenus malheureusement l’apanage des enfants issus de familles aisées. Reconnaissant cette situation, Trésor Dino, gérant au Park Kivu Tam-tam, a démontré que leur activité est purement lucrative mais dans le souci d’intégrer tous les enfants, chaque weekend, il rabaisse le prix d’accès jusqu’à 1000FC, soit 1.1$ : « Malgré cette réduction, je me trouve en face d’environ 100 enfants dont parmi eux, d’après le sondage, aucun enfant issu d’une famille pauvre ».

Réagissant à ces propos, Jean-Baptiste Kakule, rétorque qu’il est impossible pour lui, un petit commerçant, de débourser une somme pareille pour ses cinq enfants. Si non affirme-t-il, « j’aurai du mal à réunir le fonds pour leur scolarité ».

Selon les activistes de droits humains et les acteurs de la protection de l’enfant, l’Etat doit mettre en place les espaces de jeu public et équipé pour encadrer les enfants, espoirs de demain. « C’est l’Etat qui doit garantir des espaces appropriés pour que l’enfant puisse s’épanouir. A Goma, il y a encore des espaces inoccupés où le gouvernement peut installer les terrains de jeu pour les enfants au lieu de les abandonner à leur triste sort »,recommande le Magistrat Sumaili Kanyongolo, président du tribunal pour enfant de Goma. Il poursuit en évoquant la Constitution, dans son article 42 qui prône que « les pouvoirs publics ont l’obligation de protéger la jeunesse contre toute atteinte à sa santé, à son éducation et à son développement intégral ».

Des organisations s’impliquent…

Pour relever le défi, différentes structures dont la Maison des jeunes, le Parlement d’enfants, Union de jeunes artistes, dessinateurs et peintres (UJAPED), s’impliquent pour encadrer toute la jeunesse sans discrimination. Elles organisent des concerts, et autres activités pour que les enfants cessent de divaguer dans les rues : « Nous lançons des communiqués dans lesquels nous invitons les enfants à venir passer leur temps chez nous où ils apprennent le dessin, la peinture, la guitare…. Ensuite nous profitons de l’occasion pour forger leur caractère par des séances d’apprentissage de la bonne gouvernance, du patriotisme… », dit Thierry Vahwere, Coordonnateur de l’UJAPEP, pendant qu’il corrigeait les portraits de Patrice E. Lumbumba, produits par une vingtaine d’enfants encadrés dans une colonie de vacances.

Par ailleurs, à la Maison de jeunes, enfants et adolescents, dansent au rythme de Sana Weekend, un concert gratuit offert chaque samedi : « à tous les vacanciers, soyez gentil, respectez vos parents…Mains en l’air, dansez ! Dansez ! », chante sur le podium, Honoré Kambale, connu sous le nom de scène Honoman, un adolescent et musicien de la place qui fait danser les enfants au rythme de Hiphop (musique du style américain). « En plus de Sana Weekend, les uns parmi nos enfants sont formés à la lecture, au chant, à la percussion, à la danse classique, traditionnel, moderne et contemporaine et les autres jouent le football, le basketball et suivent les films éducatifs… », fait savoir Jean-Claude Wanga, chargé de communication de la Maison de jeunes.

Plaidant pour les enfants, Me Amadi Twaha, avocat au barreau de Goma et Président du haut conseil du Parlement d’enfants de Goma conclut que l’Etat doit tout faire pour remettre les vacanciers dans leurs droits, évoquant la loi N°09/001 portant protection de l’enfant à son article 44 : « L’enfant a droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral ; il a notamment droit aux activités sportives, culturelles, manuelles et récréatives. L’Etat doit garantir la jouissance de ce droit par l’aménagement, la promotion et la protection des espaces appropriés ».

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nelsono bukuhi 13/02/2016 18:16

soyons unis car ceux-ci nous concerne tous car à protection de l'enfance(6eme tech.sociale) ns disons que c'est une œuvre collective,merci aux differentes institutions de l'onu s'impliquant dans la protection de l'enfance(unicef,unesco...).