Des parcelles se vendent sans normes à Goma

15 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Trois parcelles avec une seule issue à Katindo. Ph. Mustapha Mulonda
Trois parcelles avec une seule issue à Katindo. Ph. Mustapha Mulonda

Dans plusieurs quartiers de la ville de Goma, des habitants construisent des maisons modernes, en dur, redonnant à la ville sa nouvelle robe. Mais la réalité n’est pas la même dans toute la ville. Dans certains quartiers, des constructions anarchiques et le non-respect des normes d’urbanisme y sont déplorés. Ce qui inquiète la société civile et les autorités.

« Selon les normes fixées par les services urbanistiques de la ville de Goma, des parcelles pour habitation domestique doivent disposer d’une mesure de 50 mètres de longueur et 30 mètres de largeur au moins », confie Bienfait Bushu, agent au bureau du cadastre de la ville de Goma, en province du Nord Kivu.

Mais dans les faits, la réalité est différente. Des parcelles exigües se vendent et revendent en pleine ville. Des conditions sanitaires, des règles d’hygiène et sécuritaires sont aussi loin d’être respectées

Un business aux conséquences énormes

Depuis une dizaine d’années, dans la ville de Goma, les prix des parcelles n’arrêtent de grimper. « Une parcelle de 10 mètres carrés est passée de mille dollars à plus de dix milles en moins de cinq ans dans mon quartier », témoigne Bitingani Mushamara, habitant du quartier Mabanga. « Une parcelle se vend suivant la valeur du milieu », ajoute pour sa part Mirindi Bubadu, habitant du quartier Keshero dans la commune de Goma. « Dans le centre-ville, 13 mètres carrés se marchandent à partir de 27 000 dollars. Dans les quartiers périphériques de la ville, on peut en trouver à partir de 12 000 à 17 000 dollars », explique-t-il.

Ce qui constitue aujourd’hui un bon business pour les propriétaires des parcelles à Goma. « J’avais trois parcelles. Il y a longtemps, je les avais acquises en échange d’une chèvre chacune. Ca m’a permis aujourd’hui de gagner beaucoup d’argents. L’une avait 19 mètres sur 25 mètres. Je l’ai vendue à trois personnes. L’autre de 35 mètres sur 40m, je l’ai divisée par quatre », se vante Mirindi Bubadu.

Compte tenu de leurs dimensions, les acquéreurs de ces parcelles se retrouvent en face de nombreuses difficultés : Pas assez d’espace où établir une poubelle. De même, pas d’espace suffisant pour installer une fosse septique et une toilette dans des conditions sanitaires requises. « Faute de poubelle, nous remplissons les immondices dans des sacs. Des jeunes du quartier viennent à la fin de chaque semaine pour les vider. On leur paye 0,5$ le sac », affirme Deo Rutuye.

Pour le Dr Patrick Rungabala, médecin à l’hôpital provincial du Nord Kivu, ceci représente un danger pour la santé des habitants. « Cette mauvaise gestion des immondices et des installations sanitaires peut conduire aux maladies des mains sales tel que le choléra, la fièvre typhoïde », reconnait-t-il.

D’autre part, pour essayer d’élargir leurs parcelles, certains acquéreurs empiètent sur la servitude. Ce qui bloque le passage pour des véhicules et parfois même pour des piétons. « Le service de la protection civile se heurte à des obstacles pendant l’opération de lutte contre les incendies à répétition dans la ville car des maisons sont presque collées les unes aux autres », s’indigne Joseph Makundi, cadre du bureau de la protection civile de Goma.

« Nous regardons impuissamment les habitations en train de se consumer car nos véhicules extincteurs qui tentent de sauver la situation manquent le passage », ajoute-t-il.

Ce constat est aussi partagé par les services de la police de la ville de Goma. Selon elle, la promiscuité des maisons a des sérieuses répercutions sur la sécurité de la ville. « Il est toujours difficile pour nous de poursuivre d’attraper un bandit A Birere (quartier Mapendo) et au Terminus (quartier Katindo), par exemple. Après leurs forfaits, les bandits finissent leur fuite dans des maisonnettes anarchiquement construites », affirme Vital Awashango, commissaire provincial de la Police.

Les autorités s’impliquent

Interrogés à ce sujet, les agents du service de Cadastre déclinent leur implication dans le mauvais lotissement et les morcellements abusifs des parcelles à Goma : « Après avoir dessiné un croquis, nous sommes généralement surpris de constater l’élargissement des domaines par les propriétaires, sans s’inquiéter. Cet acte se justifie par le fait que ces derniers jouissent du trafic d’influence de la part des autorités politiques et militaires… », dénonce Bienfait Bushu, l’un des agents de Cadastre.

Conscientes des dégâts, les autorités locales s’impliquent, détruisant ainsi les constructions anarchiques. C’est le cas du quartier Mapendo, vers Makoro où des maisons construites en pleine zone neutre entre la RD Congo et le Rwanda ont été démolies en septembre dernier. « C’est dans ces maisonnettes où se vendaient les drogues et où se cachaient des fauteurs des troubles », rassure le Commissaire provincial. Il promet que cette opération va se poursuivre dans d’autres quartiers.

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