Goma: Désordre dans la fixation des prix du transport en commun

12 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Bus « esprit de vie » accordé à crédit aux transporteurs de Kinshasa par le gouvernement central. Ph. JDH
Bus « esprit de vie » accordé à crédit aux transporteurs de Kinshasa par le gouvernement central. Ph. JDH

Le transport en commun pose problème à Goma où des chauffeurs fixent le prix selon leur gré. Pour réglementer ce secteur, la mairie et les autres services de transport s’impliquent.

Il n’existe pas à ces jours de société de transport public à Goma, capitale de la province du Nord Kivu à l’est de la République démocratique du Congo. Pour pallier à cette difficulté, des particuliers achètent des minibus qu’ils mettent en circulation. Mais, la réglementation fait défaut. « Il n’y a pas une tarification fixe, en général, nous fixons 500 FC (environ 0,5$ US) pour les courses le matin et le soir. Et tout au long de la journée nous taxons à 300FC (environ 0,3$ US) », précise Jacques Tumaini, l’un des receveurs d’un taxi-bus de la place.

Cette situation pénalise nombreux habitants qui, parfois, sont obligés de parcourir des longs trajets à pied car le prix bascule à tout moment. « Des fois je paie 200 FC, mais il arrive que des chauffeurs majorent le prix du ticket à plus de 500 FC ; au moment où ils font face à un nombre élevé de clients », souligne J. Kakuru, un habitant de Goma. A plusieurs reprises, il a parcouru à pied le trajet Mugunga jusqu’au centre-ville (12km). « Le gouvernement doit tout faire pour disposer de ses propres bus afin d’apaiser notre souffrance », recommande-t-il.

L’autorité tente de relever le défi

Contacté à cette question, Dieudonné Malere, maire de la ville de Goma, précise que son équipe est en pourparlers pour que Goma soit également doté des bus par le gouvernement central comme dans d’autres villes du pays. « Mais jusque-là nous devons continuer à féliciter les propriétaires des bus qui permettent la mobilité de la population quoique nous devons règlementer ce secteur ».

En attendant une solution définitive à cette question, la police de circulation routière (PCR), l’Association des Chauffeurs du Congo (ACCO) et la maire s’impliquent dans cette problématique pour instaurer l’ordre dans le trafic des taxi-bus. Ce mois de septembre 2015, après une concertation entre l’ACCO et le bureau urbain de transport et voies de communication, le prix d’une course a été fixé à 300FC pour toutes les distances. « Tous les conducteurs doivent respecter cette tarification. Ceux qui voudront bafouer cette mesure seront sanctionnés », met en garde Moussa Mahangaiko, chef de bureau urbain du transport et voies de communication.

Par contre, Sylvain Okundji, président provincial de l’ACCO, indique que cette décision a été prise en commun accord avec toutes les parties prenantes qui œuvrent dans le transport en commun. « Y compris les vendeurs de carburant… », insiste-t-il.

Mi-septembre, la mairie a publié une note administrative mettant en garde les récalcitrants à cette mesure.« Aussitôt appréhendé par les agents de l’ordre, tout chauffeur qui tentera de hausser le prix de transport,…, payera une amende pouvant atteindre 100$ US », précise le maire de la ville.

Avis difficilement digéré par plusieurs propriétaires des taxis-bus de Goma. « La mairie doit d’abord baisser le prix du carburant avant de nous ordonné de baisser le prix de la course », s’indigne Julien Mugisho, propriétaire d’un bus.

Des sanctions s’en suivent

Les plaintes venues des usagers des taxi-bus arrivent petit à petit au bureau de la PCR et des sanctions s’ensuivent. « Les propriétaires de cette trentaine de bus que vous voyez devant vous, doivent payer des amendes. Car d’une part les chauffeurs conduisaient en étant d’ivresse et d’autre part, ils étaient en excès de vitesse et ne respectaient pas en majorité le prix initial fixé pour le transport », explique Protain Mulago, commandant de la PCR, ville de Goma, dans un entretien avec la presse le 21 septembre dernier.

De son côté, la société civile de Goma reste sceptique quant à la durabilité de cette mesure. « Si l’état veut règlementer le transport en commun, il doit tout d’abord acheter ses propres bus. Et, ce, après avoir subventionné les entrepreneurs privés qui œuvrent dans ce secteur. C’est à ce prix seulement que l’Etat pourra passer à ces genres de sanctions sévères à l’égard des propriétaires des minibus en cas de désaccord », soutient Dufina Tabu, président de l’Association des volontaires du Congo(ASVOCO), une ONG des droits de l’homme.

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