Bukavu: Difficile survie pour les déplacés de guerre

15 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

 Enregistrement biométrique des déplacés à Goma. Ph. Mustapha Mulonda
Enregistrement biométrique des déplacés à Goma. Ph. Mustapha Mulonda

Antoinette Munyerenkana, 38 ans, vend des bananes et légumes aux abords du marché de Nyawera dans la commune d’Ibanda, en plein centre-ville de Bukavu. Un travail qui n’est pas du tout facile pour elle, surtout qu’elle n’est pas stable dans l’exercice de son commerce.

« Les policiers viennent nous chasser ici régulièrement. Ils nous accusent de créer de marchés pirates. Ils ravissent aussi parfois nos marchandises », raconte-t-elle.

Avec un capital de 20 mille francs congolais, (Environ 22 dollars US), elle est censée faire profit pour faire vivre ses six enfants. Ce qui est une tâche difficile pour elle. « Depuis que j’ai quitté mon village, ma vie est devenue pénible. Je vis dans une extrême pauvreté avec mes enfants. Tout ceci ne serait pas arrivé si j’étais encore chez moi », révèle-t-elle.

Il y a dix ans, Antoinette vivait à Kaniola, un village du territoire de Walungu à l’ouest de la ville de Bukavu. Là, elle vivait de l’agriculture et élevait du bétail. « J’avais un grand champ, j’élevais des chèvres et de la volailles. Cela me permettait de faire étudier mes enfants et de vivre sans difficulté », se rappelle-t-elle. Suite à la guerre, elle a dû fuir son village pour se réfugier en ville avec ses enfants. « Mon mari a été assassiné lors une attaque des rebelles Mai-mai. Ils ont aussi tué mes parents. Je n’ai pas eu d’autres choix que de me réfugier ici », témoigne-t-elle. Aujourd’hui, elle doit vivre de la débrouille pour assurer la survie de sa famille.

Fuir l’insécurité et vivre pauvre

A l’instar d’Antoinette, au Sud-Kivu, plusieurs milliers d’habitants ont fui leurs villages suite à l’insécurité ces dernières années. Dans différents villages continuent, en effet, à sévir des groupes armés et milices qui tuent, violent et pillent les biens des habitants. Fuyant des troubles, ces populations n’ont d’autres choix que de se réfugier en ville. Mais leurs conditions de vie n’ont cessé de se dégrader une fois arrivés ici. « J’avais une ferme à Kalonge, mon village. Les FDLR nous ont attaqué et emporté tout mon bétail. J’ai vu tous mes employés massacrés et ma femme violée. Moi-même j’ai été gravement blessé à la machette. C’est ce qui m’a poussé à fuir le village », témoigne Jacques M. Ce notable du village, une fois arrivé en ville, s’est vite converti en porte faix. Un revirement de situation qui a aussi bouleversé sa vie.

« Je n’avais pas d’autres choix. En ville il n’y avait rien d’autre que je pouvais faire pour la survie de mon foyer. J’ai vendu ma concession de Kalonge pour me payer un lopin de terre ici, aux environs de la ville, où j’ai construit unemaison de fortune. Mais entretemps je continue de transporter des fardeaux pour espérer vivre », affirme-t-il. « Avant, ma vie était simple et j’avais des rêves pour l’avenir. La guerre a tout détruit. Ma famille, ma vie sociale. Elle a tout emporté », regrette, de son côté Antoinette.

Arrivés à Bukavu, la plupart de ces déplacés vivent dans des quartiers pauvres aux environs de la ville. Entre autre Ciriri, Nyamugo, Essence-Panzi et dans le marrai communément appelé Luziba. « On compte plusieurs milliers des gens qui sont dans la même situation », reconnait l’ingénieur Trésor Bashengezi, chargé des programmes au sein de l’ONG Promotion et appui au développement communautaire, PADECO, une ONG locale de développement œuvrant auprès des communautés rurales. Depuis la première guerre au Sud Kivu, en 1998, de nombreux territoires se sont vidés de leurs habitants. « La création des groupes d’autodéfense tel que les Raiyamutomboki, les mai-mai, des rebelles rwandais FDLR, …, a aussi aggravé cette situation », rappelle-t-il.

Une situation qui, malheureusement, demeure une réalité dans différents territoires de la province du Sud Kivu.« C’est le cas de Shabunda, Fizi, Kabare, Mwenga, Kalehe,…, où des milices continuent à opérer. Cela entraine des déplacements intempestifs et appauvrit des populations », ajoute l’ingénieur Bashengezi.

Restaurer la paix

Selon l’article 52 de la Constitution de la RDC, « tous les congolais ont droit à la paix et à la sécurité, tant sur le plan national qu’international ». Pour Antoinette, seul le rétablissement de la paix peut encourager les habitants qui ont fui à regagner leurs villages. « Il faut que les autorités rétablissent la sécurité dans nos villages. Mais aussi qu’ils nous facilitent le retour », implore-t-elle. Même avis partagé par Jacques. « Nous plaidons pour que les milices et groupes armés cessent d’opérer dans nos villages. Que la justice aussi soit opérationnelle et que les auteurs des crimes soient sanctionnés. Si cela est fait, je suis prêt à regagner mon village pour y recommencer la vie », ajoute-t-il.

La restauration de la paix, c’est sur cet aspect que se penchent, depuis plusieurs années, les autorités publiques de la RDC. « Si des progrès ont été réalisés, il reste cependant beaucoup à faire pour que la paix soit effective sur l’ensemble de la province du Sud Kivu », reconnaissait Gabriel Kalonda Mbulu, vice-gouverneur de la province du Sud Kivu, ce 21 septembre lors de la commémoration de la journée mondiale de la paix. « La paix est un processus. Avec notre armée et nos partenaires, dont la Monusco (mission des nations unies en RDC), nous sommes engagés à restaurer la sécurité sur tout l’ensemble de la province du Sud Kivu », a-t-il promis.

Colette Bisimwa

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