Goma: Pirater des œuvres d’arts appauvrit les artistes

12 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Le groupe musical Ava Musica lors de sa production du 03 décembre 2015 à Kinshasa. Ph. JDH/RDC
Le groupe musical Ava Musica lors de sa production du 03 décembre 2015 à Kinshasa. Ph. JDH/RDC

A Goma, les artistes, musiciens, comédiens, dessinateurs, peintres…en majorité sans sponsors, ne comptent que sur la vente de leurs œuvres pour vivre.

Mais, au lieu que ces acteurs s’enrichissent, le gain revient aux contrefacteurs dont des propriétaires des maisons d’Edition (NDLR : maison de reproduction et vente des œuvres d’artistes), qui piratent les œuvres des musiciens locaux, gravant ainsi de milliers de disques compacts (CD) de leurs chansons, sans payer le droit d’auteur : « Il y a pas d’emploi au pays, la multiplication des CD c’est mon gagne-pain », justifie un tenancier d’une édition de la place.

« Presque la majorité des artistes ici à Goma, demeure pauvre et pourtant, nous produisons des chansons presque chaque jour. Personnellement j’ai déjà produit une centaine de titres et deux albums. Je vends un CD original à 10$. Mais curieusement, dans les médias de la place et boîtes de nuit, dans les mémoires des téléphones, mes musiques résonnent sans qu’aucun sou me revienne », s’afflige Tonton Cuma, artiste musicien de la Rumba congolaise. Et pourtant, l’ordonnance loi n°86 /033 portant protection de droit d’auteur reconnais « au responsable d’une œuvre de l’esprit, sa jouissance une seule fois de sa création d’un droit de propriété incorporelle, exclusif et opposable à tous…».

Même les peintres ne sont pas épargnés: « Devant ce phénomène illégal, nous artistes de Goma, nous avons des difficultés d’émerger étant donné que nous produisons des œuvres qui profitent à des tierces personnes. Vraiment, nous sommes découragés et nous ne savons plus à quel saint se vouer quand des gens copient nos dessins et les vendent à notre insu », déplore Thierry Vahwere, connus dans la ville sous le surnom de Croco, coordonnateur de l’Union des jeunes artistes, dessinateurs et peintres (UJADEP).

Reconnaissant les conséquences de ce phénomène sur le métier d’artistes, Thierry, lui-même victime du piratage, recommande aux artistes de ne pas baisser les bras et de monter des stratégies pouvant leur permettre de sécuriser leurs œuvres: « d’abord, le fait d’appartenir dans une plateforme nous rend non seulement fort mais aussi permet de conjuguer les efforts pour traduire en justice les auteurs de piratage ». Il poursuit: « désormais, pour vendre ou sécuriser nos œuvres, même quand les propriétaires les signent, elles sont contresignées sous le label de notre association. Là, les détourneurs ou les contrefacteurs ont peur car désormais ils ont affaire à une structure et non à l’artiste », dévoile Croco.

« L’œuvre de l’esprit n’a pas de prix »

L’œuvre de l’esprit, produit de l’imagination, comme le qualifie Samy Kabamba,au sein de la Maison de jeunes (un centre culturel qui encadre la jeunesse à Goma) doit demeurer la propriété de son concepteur car elle n’a pas de prix : « le piratage est un ennemi de l’art et mérite d’être découragé par tous, surtout par l’Etat », affirme-t-il. « J’avais représenté un tableau artistique avec l’image du volcan Nyiragongo malheureusement avant sa sortie officielle quelqu’un d’autre l’avait déjà piratée et vendue à un expatrié », témoigne Samy avec regret car malgré le fait qu’il avait fait rapport auprès de services compétents, il n’a pas été rétabli dans ses droits.

A cette question, la division provinciale culture et art, reconnais sa faiblesse dans la protection des œuvres d’artistes du piratage. « Nous sommes en train de monter des stratégies pour combattre le piratage qui bat record, mais, de leur côté, si les artistes sont vraiment victimes de ce phénomène, c’est parce qu’ils ne sont pas couvert par les statuts juridiques leurs autorisant de travailler… Ils ne sont pas enregistrés au Ministère de la culture et art qui octroie les cartes de carrière artistiques », explique DjomeTshekabo, chef de division de culture et arts au Nord Kivu.

Même sentiment pour la Société congolaise de droit d’auteur (SOCODA), une structure ayant la mission de défendre et de gérer les intérêts des artistes en RDC. « Plusieurs mesures seront bientôt opérationnelles pour contrecarrer le piratage », garantit Simon Kitsa, directeur provincial de la SOCODA.

Elvis Katsana

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