Les Points Sexuellement Transmissibles : une pratique de plus en plus courante dans les écoles secondaires de Bukavu

15 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Elèves dans une école te Bukavu
Elèves dans une école te Bukavu

Les violences sexuelles ne sont plus seulement l’apanage des femmes vivant dans les zones des conflits au Sud-Kivu, province de l’Est de la RDC. Ce fléau qui a fait plus de 40 000 victimes depuis 2004, à cause de la guerre qui touche la partie Est du pays, s’est répandu dans certaines écoles secondaires de Bukavu.

Pour passer de classe, certaines filles sont victimes des viols perpétrés par leurs enseignants. Ce phénomène, qui va à l’encontre de bonnes mœurs de la société congolaise et des droits humains, prend de plus en plus de l’ampleur dans les milieux scolaires de Bukavu. Ces actes de viols se passent au sein même des établissements scolaires pour les unes, tandis que pour les autres, elles sont invitées dans des maisons de tolérance.

Marceline Mwehu, élève d’une école de Bukavu est l’une des victimes de ces pratiques honteuses. Pour n’avoir pas bien travaillé dans le cours d’Anglais, elle été abordée par son enseignant qui la voulait pour concubine. « Mon maître m’a invité une fois dans son bureau. Sans pudeur, il a commencé à me parler de l’amour qu’il avait envers moi. Les instants d’après, il s’est approché de moi et a commencé à me forcer la main en touchant quelques parties de mon corps », témoigne-t-elle d’un air triste. Décidé à ne pas céder, Marceline va résister à la demande de son enseignant jusqu’à ce que celui-ci se soit fatigué.

D’une école à une autre

Dans une autre école de Bukavu, un enseignant laisse libre choix aux élèves qui cherchent à réussir dans son cours. Professeur des mathématiques, cet homme d’une trentaine d’années, exige aux filles qui cherchent à améliorer leurs cotes d’avoir des rapports sexuels avec lui. « Il appelle cela enrôlement lorsqu’il s’agit des filles et dime lorsqu’il s’agit des garçons, car à eux, il exige seulement de l’argent », a expliqué une élève. Ce phénomène qui prend de l’ampleur dans les milieux scolaires, instituts supérieurs et universitaires de Bukavu est appelée « Points Sexuellement Transmissibles (PST) ». Il consiste pour un enseignant véreux d’obliger à l’élève fille d’avoir des relations sexuelles en vue de transformer son échec en réussite. Selon les victimes, il y a trois sortes des points sexuellement transmissibles. Tout dépend des arrangements conclus avec l’enseignant, car il y a des points sexuellement transmissibles pour obtenir la moyenne, plus que la moyenne et le maximum des points.

Une fois abordé par l’enseignant, l’élève qui ne répond pas favorablement à la demande de son encadreur peut reprendre de classe. Certaines d’entre elles, abandonnent les études par crainte de subir les pressions de l’enseignant durant toute l’année. « Contre mon gré, j’ai pu satisfaire mon enseignant après qu’il ait plusieurs fois insisté de sortir avec moi », regrette une élève sous couvert de l’anonymat. Elle justifie son attitude par la crainte d’annoncer à ses parents qu’elle avait repris de promotion. « Mes parents ne pouvaient comprendre que j’aie échoué parce que, difficilement ils ont réussi à payer pour moi les études », révèle-t-elle.

Enseignant contraint à quitter l’école

A l’institut Nkala dans la commune de Kadutu, un enseignant a abandonné son métier après avoir rendu grosse une des ses élèves pendant qu’il était en période des préparatifs de mariage avec sa fiancée. Depuis lors, les responsables de cette école mènent des actions pour lutter contre ce phénomène. Le promoteur de cet établissement, Jean Chrysostome Mungazi, interpelle les enseignants et les élèves sur les mesures prises dans son école face à cette situation. « Un enseignant qui sera cité par une élève pour l’avoir harcelée sera renvoyé de l’école et traduit en justice », a-t-il martelé lors de la réunion pédagogique. Ce message a été relayé à l’endroit des élèves. « Vous devez braver la peur et dénoncer les enseignants qui se comportent ainsi à votre égard ! », interpelle-t-il. Au Lycée Wima, un professeur titulaire du cours de français avait été renvoyé par la sœur préfet pour avoir fait échouer une élève qui avait dit non à sa demande.

Peine double

A son article 170, la loi congolaise sur les violences sexuelles stipule que les auteurs des viols sont passibles d’une peine pouvant aller de 5 à 20 ans de prison ferme. « Le minimum de la peine sera doublé si les coupables sont desenseignants,», précise l’article 171 bis de la même loi.

Malheureusement, plusieurs responsables des écoles se contentent de révoquer ou envoyer en mutation les enseignants auteurs de ces actes. « Les responsables des écoles et les parents devraient plutôt saisir les instances judiciaires pour faire respecter la loi et assurer une meilleure éducation à nos enfants », a soutenu Jean Moro, parent d’un élève. Car selon lui, révoquer ou muter sont en quelques sortes une forme d’impunité qui ne dit pas son nom et encourage négativement tant soit peu la poursuite de cette pratique.

Jonas Musafiri

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