Plusieurs cas de violences aux femmes enregistrés dans les foyers de Bukavu

12 Février 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Plusieurs cas de violences aux femmes enregistrés dans les foyers de Bukavu

A Bukavu, dans la province du Sud Kivu, de nombreux hommes violentent leurs femmes dans le foyer. Celles-ci sont victimes des coups et blessures et d’autres formes de violence psychologique. Pourtant, ceci est une pratique réprimée par la loi.

« Mon mari me frappe chaque fois qu’il y a une dispute entre nous à la maison », témoigne Eugénie, mère de 3 enfants, habitant sur avenue Muhungu dans la commune d’Ibanda. Comme pour elle, de nombreuses autres femmes subissent des actes de violence dans leurs foyers. « Il y a un mois, mon mari est rentré ivre, tard la nuit, à la maison. Quand je lui ai demandé pourquoi il était rentré tard il s’est jeté sur moi et m’a roué des coups. Mon bras a été fracturé ce soir-là », témoigne Cécile G., habitant sur avenue Irambo dans la commune d’Ibanda. Dans nombreux couples, des femmes subissent ainsi régulièrement ces actes de maltraitances. Ce qui est pourtant, une pratique qui viole les droits de la femme.

Subir la violence

Injures, coups et blessures, tel est le vécu quotidien de nombreuses femmes. Ce que dénonce Thaddée Hyawe Hinyi, responsable de l’organisation Monde sans violence. « Il y a des hommes qui pensent que pour assoir leur autorité dans leurs couples ils doivent battre leurs femmes. Pourtant, ils se trompent », souligne-t-il. Ainsi, pour tout acte, ils réagissent avec violence. Une situation qui serait aussi encouragée par les différentes coutumes qui, dès le départ, instruisent la femme qu’elle est inférieure à l’homme. « Lorsque la femme se marie, sa mère lui dit que son mari devient son père et dispose de tous les droits sur elle. C’est en quelque sorte comme son dieu. On lui apprend dès le départ qu’elle n’a pas le droit de réagir ou se plaindre devant les injustices de son mari », regrette Thaddée Hyawe Hinyi.

Ainsi, devant les pesanteurs sociales, des femmes se laissent subir la violence dans leurs foyers. « Il suffit que je salue un garçon en cours de route pour qu’il me traite de prostituée. Ou que je lui demande pourquoi il agit différemment pour qu’il me batte », témoigne Mwamini K, mère de six enfants, habitant de Nyamugo dans la commune d’Ibanda.

Une pratique illégale

« Le fait pour un homme de battre sa femme constitue une infraction punissable par la loi », souligne Me Liliane Bagalwa, défenseur judiciaire au Tribunal de grande instance de Bukavu.

Selon l’article 46 du code pénal congolais, « quiconque a volontairement fait des blessures ou porté des coups est puni d’une servitude pénale de huit jours à six mois et d’une amende de vingt-cinq à deux cents francs, ou d’une de ces peines seulement. En cas de préméditation, le coupable sera condamné à une servitude pénale d’un mois à deux ans et à une amende de cinquante à cinq cents francs ». Mais pour que le mari coupable soit sanctionné, il faudra que la victime se plaigne auprès de la police ou du parquet, observe Me Liliane Bagalwa.

Malheureusement, nombreuses femmes n’ont pas le courage de le faire. « Je connais une femmes qui a 20 ans de mariage. Et cela fait 20 ans qu’elle se fait tabasser par son mari. Quand on lui demande de le dénoncer au près des autorités, elle refuse catégoriquement », témoigne Patient Bahati, responsable de l’association pour la protection et défense des victimes des violences basées sur le genre, APDV-VBG. « Je ne peux pas me plaindre contre mon mari. Cela reviendrait à briser totalement mon foyer », justifie pour sa part Mwamini K.

Me Liliane Bagalwa estime, de son côté, qu’il faut encore plus de sensibilisations au près des femmes et leurs époux sur les conséquences de ces actes de barbaries dans les foyers. « Les femmes doivent comprendre qu’elles ont des droits. Et que si la violence perdure, elles ont le droit de se plaindre à la justice pour que leurs maris soient rappelés à l’ordre », insiste-t-elle.

« Les hommes doivent aussi comprendre qu’ils ont l’obligation de traiter leurs femmes avec humanité. Que battre sa femme est une lâcheté et une infraction au vu de la loi », conclu pour sa part, Thaddée Hyawe Hinyi.

Aimé Balume

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