Les victimes des viols peinent à réintégrer la société à Bukavu

17 Mars 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Difficile de poursuivre sa vie après avoir été victime des viols à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu. Dans cette partie de la République Démocratique du Congo (RDC), les victimes des violences sexuelles éprouvent des difficultés pour réintégrer la société.

A l’hôpital de Panzi, où plus de 32 000 victimes ont subies une intervention chirurgicale depuis 10 ans, plus de trois quart des victimes affirment avoir fait face à des attitudes discriminatoires de la part de leurs proches. « Je n’ai plus goût à la vie, car partout où je passe, à l’école comme en famille, tout le monde me regarde d’un mauvais œil. Personne ne supporte ma présence à cause des odeurs que dégagent mes blessures bandées », a expliqué Alphonsine Kavumi, violée en mars 2012 par cinq hommes non autrement identifiés au cours d’une attaque des éléments des Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda, un groupe armé rwandais installé en RDC depuis plus d’une décennie. Pendant leur opération contre la population dans le quartier Kamananga à Bunyakiri, ces hommes armés ont brulé vifs les parents de la victime à l’intérieur de la maison avant de passer à l’acte de viol sur elle.

Un acte ancré dans la mémoire

Devenue fistuleuse à cause de ces viols horribles, Alphonsine a subi neuf interventions chirurgicales sans succès. Depuis lors, sa vie, comme celle de plusieurs autres victimes des viols, a changé. Elles vivent toutes dans l’isolement social total. En plus d’être traumatisées, les victimes des viols doivent aussi faire face à la discrimination de la part de la société. Ceci malgré le programme de réinsertion socio-économique des victimes établi par l’hôpital de Panzi. « Il est vrai que la stigmatisation des victimes dans la communauté reste un problème sérieux, mais nous avons le rôle et le devoir de les assister et les aider à réintégrer la société », a expliqué le psychiatre Justin Cikuru de l’hôpital de Panzi. Selon lui, la marginalisation des personnes violées accroit le déséquilibre psycho-morale déjà accumulé.

Pour lutter contre cette situation, certains habitants de Bukavu estiment que le gouvernement devrait mettre en place une politique de sensibilisation de la population au sujet de la réinsertion sociale des victimes des violences sexuelles.

Plus d’un millier des victimes

A l’UNFPA, on affirme avoir enregistré au Sud-Kivu plus de 12000 cas des femmes et des mineures violées dans la période allant de 2012 à 2014. Le gynécologue Patrick Rubuya de Panzi a indiqué qu’un grand nombre de victimes provient de Kavumu dans le territoire de Kabare, situé à 30 km de la ville de Bukavu. L’hôpital de Panzi a déjà reçu une vingtaine de cas, mais les sources proches de la Société civile parlent d’une quarantaine des fillettes violées. Il précise, en outre, que l’UNFPA ne cesse de transmettre tous ces rapports en justice, mais qu’au regard des jugements qui ont été rendus, on est loin de la moitié, sans évoquer la prise en charge ou la réinsertion sociale qui cause toujours problème.

La discrimination est l’une des violations des droits de l’homme incriminées en RDC. A l’article 11 de la Constitution, il est dit : « Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droit… ». Cette disposition constitutionnelle est renforcée par l’article 14 qui précise que « les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection de ses droits… L’Etat doit prendre des mesures pour lutter contre toute forme de violences faites à la femme dans la vie publique et privée ».

Alain Dauda Lumumba

Vous pouvez aussi visiter SPEAK MAGAZINE pour plus de reportages de nos journalistes et étudiants en journalisme

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article