Même sans leur consentement, des femmes obligées de tomber enceinte à Bukavu

17 Mars 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Une des femmes attend les soins de son bébé dans un hôpital à Bukavu. Ph. Adeline Kadende
Une des femmes attend les soins de son bébé dans un hôpital à Bukavu. Ph. Adeline Kadende

A Bukavu, des nombreuses femmes sont obligées par leurs conjoints de tomber enceinte, et souvent, sans leur consentement. Une des formes des violences sexuelles que personne ne dénonce et qui reste impunie.

Il est 11h00, nous sommes au centre Hospitalier Maria. Dans l’enceinte de cet hôpital, se trouve un grand nombre de femmes. Parmi elles, figurent celles qui sont venues pour la consultation prénatale et d’autres pour les soins ou la vaccination de leurs enfants. Curieusement, quelques unes avec qui nous avons échangé par rapport à la grosse qu’elles portent, affirment que leurs maris ne tiennent pas compte de leur consentement dans la planification des naissances. « Je suis enceinte pour la huitième fois, mais c’est pour moi indésirable. Avec les conditions difficiles de la vie, je ne cesse de dire à mon mari que je ne veux plus mettre au monde. Pour lui, il vaut mieux chercher une autre femme que de rester avec moi si je ne continue pas à lui donner des enfants », explique Charlotte, mère de sept enfants.

Madame Gisèle est aussi furieuse, car son mari lui impose de mettre au monde sans son consentement. « C’est grâce à moi que la famille tient bon. Avec le peu que je gagne dans mon commerce, j’arrive à nourrir, habiller et faire étudier nos 7 enfants. Leur père qui ne travaille pas me pousse à avoir d’autres enfants avec lui », a-t-elle déploré.

Conséquences sur la femme et l’enfant

Porter une grossesse contre la volonté de la femme, cela ne reste pas sans conséquences sur son état de santé, souligne le Dr Muby Mupepe, médecin généraliste aux cliniques Saint Luc de Bukavu. « Cela peut causer de lamalformation ou l’évolution anormale de l’enfant ; d’où le problème des mort-nés, des avortements involontaires,etc. », a expliqué le médecin généraliste. Pour le psychologue clinicien Jean Baptiste Katudwe, l’instabilité de la femme en cas de la grossesse forcée peut conduire à un mauvais état psychophysiologique et affecter l’enfant que la femme porte.

En RDC, la loi de 2006 sur les violences sexuelles érige la grossesse forcée en infraction. L’article 174 de cette la loi stipule que « sera puni d’une peine de servitude pénale de dix à vingt ans, quiconque aura détenu une ou plusieurs femmes rendue(s) enceinte (s) de force ou par ruse ». En dépit de l’existence de cette loi, un rapport médical des cliniques Saint Luc de 2013-2014 révèle que sur 251 femmes reçues à la maternité, 93 sur 251 enregistrés, ont déclaré avoir été victimes des grossesses forcées de la part de leurs maris.

A ce sujet, maitre Sammy, avocat près la Cour d’Appel de Bukavu, indique que rendre grosse une femme sans son consentement est punissable en RDC. Selon l’article 174 k de la loi de 2006 sur les violences sexuelles, il est clairement dit « sera puni d’une peine de servitude pénale de dix à vingt ans, quiconque aura détenu une ou plusieurs femmes rendues enceintes rendue (s) enceinte (s) de force ou par ruse ».

Le chef de division provincial des Droits de l’homme, Thierry Mulumeoderhwa, estime pour sa part, que cette situation est due, d’une part à l’ignorance, d’autre part à la crainte de perdre son foyer. Les femmes victimes devront fournir des efforts pour dénoncer ou porter plainte contre les auteurs, car c’est un acte des violences sexuelles.

En rapport avec cette situation, les services de la Police affirment n’avoir jamais reçu une plainte dans le cadre des grossesses forcées émanant des femmes qui vivent sous le toit marital. « Certes, nous recevons des cas des viols mais, pas ceux ayant traits aux grossesses forcés des femmes mariées », a indiqué l’officier de police judiciaire Kitumainis.

Pour Julienne Baseke de l’association des femmes des médias, AFEM, des femmes ne se plaignent pas par crainte de perdre leurs foyers. « Porter plainte contre son mari parce qu’il vous a rendu enceinte est contraire à la coutume africaine et présente beaucoup de risques pour le foyer », a-t-elle soutenu.

Dans le but de lutter contre cette forme des viols dans les mariages, certaines femmes membres des associations de défense des droits des femmes estiment que la vulgarisation de la loi en cette matière doit être accentuée sur toute l’étendue de la RDC. En outre, les hommes partenaires des femmes doivent aussi être conscientisés sur l’importance du dialogue dans la vie de couple. Selon elles, ceci est le seul moyen pour faire respecter les droits des femmes au niveau de la famille, mais aussi de la société.

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