Bukavu: Abandonnés, des enfants se refugient dans la rue

18 Juin 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Bukavu: Abandonnés, des enfants se refugient dans la rue

Encadrés par des associations, les enfants ne quittent pas les rues de Bukavu où ils endurent des difficultés au lieu de rentrent dans leur famille ou de se réinsèrent dans la société. L’Etat devrait poursuivre leurs parents irresponsables et rouvrir des établissements de rééducation des mineurs délinquants. Il y a une loi spéciale pour la protection de l’enfant …

Février 2015. Alors que la nuit vient de tomber, sur avenue Sinelac , un groupe d’enfants de la rue, dits « Maibobo », s’en prend à quelques femmes qui reviennent du marché de Nyawera en plein centre ville de Bukavu. Ils essayent de leur ravir téléphones et sacs à mains. Des habitants du milieu alertés, tentent d’intervenir pour empêcher ces jeunes d’agir. « Je reconnais certains parmi ces enfants », affirme Didier Okito Lutundula, résident du milieu et coordinateur d’une fondation portant son nom et qui est engagée dans la protection des droits humains. « Il y a quelques mois nous les avons accueillis dans notre fondation. Nous leur avons assuré une prise en charge avant de les intégrer dans leurs familles», souligne-t-il d’un ton indigné.

Sur les avenues Cimétière et Lushoze à Nguba dans la commune d’Ibanda, d’autres enfants de la rue sont accusés de commettre les mêmes forfaits. « Pourtant, parmi eux, nombreux sont passé par des centres de réinsertion et d’encadrement des enfants. Mais ils y sont retournés dans la rue juste après qu’on leur a remis à leur familles respectives », regrette François Mugonyi, animateur au Programme diocésain d’encadrement des enfants de la rue (PEDER), une structure d’encadrement des enfants de la rue.

Fuir la pauvreté en famille

A Bukavu, depuis une dizaine d’années, des organisations non gouvernementales et des confessions religieuses mettent en place des programmes d’accompagnement et de réinsertion des enfants vivant dans la rue. Des programmes d’éducation et de réinsertion familiale sont ainsi mis en œuvre. « Depuis 2013, nous avons initié, 370 enfants de la rue, garçons et filles, divers métiers dans différents centres », souligne Fernando Nkana, directeur de la Fondation solidarité des hommes, FSH.

Malheureusement, après la prise en charge, la plupart d’entre eux reviennent à leurs anciennes habitudes. « Moins d’une centaine seulement sont devenus effectivement menuisiers, chauffeurs, ajusteurs, couturières, restauratrices,… Les autres sont rentrés dans la rue au lieu de retourner dans leurs familles », regrette Fernando Nkana.

« En 2013 nous avons pris en charge 23 ‘maibobo’ dans une maison sur l’avenue de l’athénée et leur avons initié aux métiers. Mais, seulement 8 ont fini par quitter la rue après la formation. Les 15 autres y sont rentrés», souligne de son côté, Alain Murhwa, coordonnateur de la fondation DOL,Didier Okito Lutundula.

Départagés entre la consommation de la drogue, la recherche de la vie facile et la rigueur de l’éducation familiale, ces enfants abandonnent la maison de leurs parents pour se refugier dans la rue. Nombre d’entre eux ne s’adaptent pas non plus à la réintégration dans leurs familles. « Mes parents sont très sévères envers moi. Ils m’interdisent de voir mes amis, de fumer, de prendre de l’alcool. Je préfère rester dans la rue où je me sens libre », témoigne Charles M., 11 ans, rencontré au marché Beach Muhanzi dans la commune de Kadutu.

« Mes parents sont pauvres. Ils ne peuvent rien m’acheter. Ils n’arrivent même pas à me nourrir ni ne me payent les études. Je ne vois pas pourquoi je suis sensé rester avec eux », affirme pour sa part Mugisho, 10 ans.

La lutte continue

Selon l’article Article 62 de la loi portant protection de l’enfance en RDC, « est considéré comme en situation difficile et bénéficie d'une protection spéciale, notamment: (…), l’enfant qui se livre à la débauche ou cherche ses ressources dans le jeu ou dans les trafics ou occupations l'exposant à la prostitution, à la mendicité, au vagabondage ou à la criminalité, (…)».

« Les enfants de la rue étant en situation difficile, ils ont le droit à la protection spéciale de la part du gouvernement et des ONG », insiste Me Papy Kajabika, responsable de l’ONG Vision sociale.

Malgré l’échec ressenti dans la réinsertion de nombreux enfants de la rue enregistré ces dernières années, à Bukavu, les organisations œuvrant dans le secteur ne comptent pas baisser les bras. Des campagnes de sensibilisations sont organisées pour conscientiser ces enfants et amener les parents à les accueillir lors de leur réinsertion. « La réinsertion sociale est un processus et se fait au fur et à mesure. Si sur 10 enfants concernés 5 ont quitté la rue, cela prouve qu’il y a de l’espoir que d’autres qui y trainent encore les rejoignent », souligne-t-il.

Ce qu’affirme aussi Marcellin Shabani, chargé de protection à la division genre, famille et enfant la rue. « La rue n’est pas un refuge pour les enfants », mentionne-t-il. Il espère qu’avec un peu plus d’efforts des partenaires, il pourra être mis fin définitivement à ce phénomène. « Nous sommes entrain de tout mettre en œuvre aux côtés des organisations qui encadre les enfants pour que ceux-ci quittent la rue une fois pour toute », affirme-t-il.

Fify Nsimire Mulinzi

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