Bukavu: Des familles recourent de plus en plus aux arrangements à l’amiable lors du viol

19 Juin 2016 , Rédigé par JPDDH Publié dans #News

Victimes de viol en tenue de malade à l'hôpital de Panzi, Ph. Prince Murhula
Victimes de viol en tenue de malade à l'hôpital de Panzi, Ph. Prince Murhula

« J’ai été violée par un garçon du quartier. Ses parents sont venus supplier ma famille pour ne pas déposer une plainte à la police. Ils ont versé 1000$ à mon père pour étouffer l’affaire. Ce qui a été fait », témoigne Jacqueline, 19 ans, habitante sur avenue Mukukwe, dans la commune d’Ibanda.

Alice, 17 ans, habitante du quartier Essence, a aussi connu un problème similaire il y a une année. « Elle est tombée enceinte. Après discutions en famille, on a décidé de prendre la dot nous proposée par la famille du garçon qui a abusé d’elle», révèle Bonane, son père. Malgré sa minorité, cette jeune fille a été poussée à cohabiter avec cet homme qu’elle prend désormais pour son mari. « Même si on allait à la justice on ne pourrait jamais être indemnisés », justifie Bonane.

Le recours aux arrangements à l’amiable en cas de viol se fait de plus en plus actuellement dans la ville de Bukavu. Pourtant, cette pratique est interdite par la loi.

Pauvreté et lenteur judiciaire

Selon Maguy Bundwa, journaliste à l’Association des femmes des médias, AFEM, plusieurs facteurs favorisent cette pratique dans la communauté locale. « Il y a le problème de la pauvreté des familles. Mais aussi le disfonctionnement de la justice », explique-t-elle.

En effet, face à une longue procédure judiciaire, nombreux habitants se butent aux difficultés liées notamment à la procédure. « Souvent, quand la victime dépose plainte, à la justice on commence pour lui exiger les frais de transport pour atteindre l’auteur. Aussi, si l’accusé a de l’argent, il peut corrompre les juges et être acquitté », ajoute Maguy Buhendwa.

Pour surmonter cette difficulté, depuis une dizaine d’années, des organisations des droits de l’homme accompagnent gratuitement les victimes de viol en justice pour qu’elles obtiennent réparation. « Mais, avec un budget limité, on ne peut pas prendre en charge toutes les victimes », reconnait Me Pappy Kajabika, responsable de l’ONG vision sociale, une organisation des droits de l’homme. Ainsi, sans avocats, la plupart de plaintes déposées à la police n’aboutissent pas faute de moyens financiers suffisants des victimes. « Et même celles qui finissent par aboutir, les victimes ne sont pas indemnisées », regrette-t-il.

Ce qui décourage des habitants à emprunter la voie judiciaire. « La victime ou sa famille trouve ainsi mieux d’accepter de l’argent ou les cadeaux proposés par le bourreau que de saisir la justice », souligne Maguy Buhendwa.

« En contrepartie, les familles des victimes reçoivent soit des biens, de l’argent ou la promesse de mariage de la victime », regrette Colette Salima, Chargée de communication à l’hôpital de Panzi.

Arrangements à l’amiable est illégal

Selon l’article 170d alinéa 3 de la loi portant répression des violences sexuelles, est réputé viol à l’aide de violences, le seul fait du rapprochement charnel de sexes commis sur les personnes mineures. « Le viol c’est aussi le fait pour un homme ou une femme d’obliger des rapports sexuels sans le consentement de son partenaire », assure Me Pappy Kajabika.

L’infraction de viol est puni de 5 à 20 ans de prison ajoute-t-il. Selon la loi, l’arrangement à l’amiable ne met pas fin aux poursuites contre l’auteur du viol. «Les responsables de famille qui cautionnent l’arrangement à l’amiable doivent être poursuivis comme des complices de viol », affirme pour sa part Raphael Wakenge, coordinateur de l’Initiative congolaise de justice et paix, ICJP. Pour lui, les parents qui donnent en mariage leurs enfants mineurs pour couvrir le viol commettent aussi une infraction.

Pour mettre fin à cette situation, Raphael Wakenge recommande aux parent de privilégier la voie judiciaire pour réparer le préjudice connu par la victime. « Il faut aussi que la justice améliore son traitement des dossiers liés au viol. Mais aussi que les victimes soient indemnisées. Cela devra mettre fin aux arrangements à l’amiable», conclu-t-il.

Aimé Tshiyoyo (ETJ)

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