Bukavu : Le délestage dans les hôpitaux met en danger la vie des patients

24 Juin 2016 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains

Vue d’un hôpital d’Uvira, Sud Kivu à Uvira, photo Aimée Munyerenkana
Vue d’un hôpital d’Uvira, Sud Kivu à Uvira, photo Aimée Munyerenkana

A Bukavu, la déserte du courant électrique demeure un problème. Des délestages sont enregistrés du jour le jour et de manière intempestive. Des hôpitaux, ne sont pas non plus épargnés. Pourtant, certaines vies dépendent de la permanence du courant…

Il est 15 heures à Bukavu ce matin d’octobre 2014. Nous sommes dans un hôpital aux environs du marché central de Kadutu en commune de Kadutu. Ici Mwinja, la trentaine, est heureuse. Elle a eu son bébé il y a une semaine. Malheureusement, son accouchement était sous césarienne. « J’ai une semaine depuis que j’ai eu mon bébé mais la douleur ne baisse pas», explique la jeune femme. « Je ne peux dormir que dans cette position et sans bouger. Quand j’ai fait la radio, le docteur m’a dit qu’un petit objet a été oublié par mégarde dans mon ventre lors de l’opération. On m’a informé que je dois subir une nouvelle opération pour corriger l’erreur de la précédente » témoigne-t-elle.

Au sein de cet hôpital, les médecins reconnaissent que des tels cas sont régulièrement observés lorsque l’opération se passe dans l’obscurité « Quand il y a coupure du courant électrique, on est obligé de poursuivre l’opération qu’on effectuait sur la patiente. Alors on utilise la lumière des bougies, lampes torches et parfois la lumière de la torche du téléphone. Avec une faible lumière on a le risque que l’opération se passe mal» souligne un médecin.

A quelques mètres delà, dans un autre hôpital, la réalité est aussi la même. Des coupures observées du courant électrique pénalisent le bon déroulement du travail des médecins. Ces dernières ont aussi d’énormes conséquences sur les patients. « Nous savons tous qu’à l’hôpital le courant doit être permanent. Je suis ici il y a quatre jours mais je n’ai vu le courant qu’une seule fois », se lamente Akili, un patient interné au centre hospitalier CBCA. « Pour pallier aux problèmes de lumière nous sommes obligé de d’utilisé les torche de nos téléphone » poursuit il.

Nous quittons Kadutu pour la commune d’Ibanda. Dans le quartier Nguba, nous entrons un centre hospitalier qui œuvre sur place. Il est 18h 2 minutes. Il fait déjà noir. Depuis le salon nous empruntons un couloir pour nous rendre dans des salles d’hospitalisation. Il y fait très noir qu’il nous est difficile d’apercevoir des personnes devant nous. Nous entrons dans la maternité. Malgré le noir qui règne dans cet endroit une femme nous accueille. Elle vient d’allumer une bougie qu’elle tient à la main. « Je cherche les affaire des mon bébé » nous dit-elle. Le manque de courant à cet endroit rend, en effet, la vie difficile aux nouvelles « mamans » qui y sont internées. « Nous avons des problèmes ici. Le courant n’a pas été rétabli depuis deux jours », s’exclame Mwanaicha, une patiente. « Mon bébé est malade. Je suis obligée de veiller sur lui jour et nuit. Parfois quand la bougie s’éteint je dois allumer la torche de mon téléphone pour l’observer de près », ajoute-t-elle.

La voisine de chambre de Mwanaicha a eu, elle, un enfant prématuré. Pour la survie de son bébé, il doit être placé dans une couveuse en attendant qu’il retrouve la santé normale. Mais depuis deux jours le courant n’est pas arrivé à l’hôpital. « Le médecin m’a demandé de le mettre d’abord à chaud sous la couverture. Il place aussi de l’eau tiède sous la couverture pour maintenir la chaleur. Il dit qu’il fait ça en attendant que le courant se rétablisse», témoigne Marianne, Bisafi, mère de l’enfant.

Des vies mis en danger

L’absence du courant électrique dans des formations médicales met en danger la vie des patients reconnaissent les médecins. A chaque fois qu’il y a coupure du courant, nombreuses activités sont arrêtées, parfois des patients en difficulté respiratoire qui sont assistés par des machines succombent aussi.

« On a déjà perdu au moins quatre bébés parce qu’il n’y avait pas de courant dans cet hôpital. Leur cas nécessitait impérativement une couveuse mais il n’y avait pas de courant » confie Robert, infirmier à l’hôpital Biosadec, un centre hospitalier de la commune d’Ibanda.

« Nous avons perdu une patiente il y a quelques jours. Elle était sous respiration artificielle. Mais le courant a été brusquement interrompu et le groupe électrogène n’a pas été allumé à temps. Au bout de quelques minutes elle est décédée », témoigne un médecin de l’hôpital de Panzi. Celui-ci affirme que ces genres des cas sont généralement observés dans les hôpitaux.

Obligés de travailler dans l’obscurité, nombreux soignants connaissent d’innombrables difficultés. « Nous avons des difficultés de travailler. Dans l’obscurité ou avec une faible lumière, il y a trop de difficultés de faire une injection ou une perfusion aux patients sans leur faire mal. On atteint difficilement la bonne veine dans le noir. Les médecins aussi ne peuvent pas opérer dans ces conditions. Il y a aussi des examens labo qu’on ne peut pas faire sans courant électrique », témoigne une infirmière dans un centre de santé de Kadutu.

Dans les différents hôpitaux que nous avons visité, les médecins et personnels soignants se plaignent de la persistance de ces coupures. Ils demandent à la SNEL d’arrêter avec ces coupures qui mettent en danger la vie des patients « Nous payons régulièrement nos factures, mais la SNEL coupe du courant comme il veut et quand il veut. C’est la vie des gens qui est en danger ici. », se plaint Dr Elimu Biringanine, médecin.

Pour sa part, Dr John Mulindwa demande aussi au gouvernement de prendre au sérieux cette question en réglementant la déserte du courant dans les hôpitaux. « Il est anormal qu’un délestage dans des hôpitaux et l’Etat trouve comme si cela est normal »

Pour lui, il est de l’obligation de l’Etat de veiller à la santé de ses citoyens.

Selon l’article 47 de la constitution congolaise, le droit à la santé est garanti. « L’Etat veille (…) à la santé des populations », précise aussi l’article 53 de la même constitution. « Interrompre le courant dans un hôpital c’est mettre en danger la vie des gens. C’est condamner ceux là qui ne respirent que grâce aux machines à mourir. L’Etat doit prendre des mesures pour protéger ses citoyens» Souligne l’infirmer Robert

Aimée Munyerenkana Abdoul

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