Bukavu Difficile d'épouser quelqu'un d'une autre religion

6 Juin 2012 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

A Bukavu, bon nombre de parents interdisent à leur enfant de se marier avec une personne d'une autre religion. La Constitution de la RD Congo garantit pourtant la liberté de culte et "le droit de se marier avec la personne de son choix".

Claudette et Gérard habitent Bukavu. Ils comptent se marier en septembre prochain, mais, ils en sont, pour l'instant, empêchés par leurs parents. "Les miens refusent que j’épouse un homme qui n’est pas catholique comme nous", confie Claudette, toute triste. Même s'il continue de les supplier de changer d'avis, Gérard est dans la même impasse : "Mes parents me disent qu'ils ne m'accorderont pas leur bénédiction si j'épouse une non musulmane." En avril dernier, Trésor a, lui, décidé de ne plus se marier à sa fiancée dont les parents exigeaient qu’il se convertisse au protestantisme. Conduits par l’amour et le désir de vivre ensemble, d’autres boycottent les cérémonies religieuses. Comme Elvis et Lucie, qui ont préféré se limiter au mariage civil. Leurs parents voulaient que la jeune fille se convertisse au catholicisme. Depuis lors, ils vivent à l'écart de leurs familles respectives...
A Bukavu, de plus en plus de parents s’opposent au mariage de leur enfant avec une personne d'une autre religion. Pourtant, la Constitution de la RD Congo garantit la liberté de culte. Son article 22 dispose : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Toute personne a le droit de manifester sa religion ou ses convictions, seule ou en groupe, tant en public qu’en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques, l'accomplissement des rites et l'état de vie religieuse (…)" Et l’article 40 d’ajouter que "tout individu a le droit de se marier avec la personne de son choix, de sexe opposé, et de fonder une famille." Un droit aussi reconnu dans le Code de la famille, en son article 334.

Pressions des pasteurs
"Interdire à une personne de se marier simplement à cause de la religion constitue une violation d’un droit constitutionnel", résume Me Christophe Kabundula, défenseur judiciaire près le Tribunal de grande instance de Bukavu. Pour ce défenseur, les victimes peuvent saisir le Tribunal de paix (Tripaix), à défaut, comme le Tripaix n’existe pas à Bukavu, le Tribunal de grande instance pour faire respecter ce droit. Cependant, aucune loi n’érige en infraction précise le fait d'interdire à son enfant d’épouser un ou une fiancé(e) en raison d'une religion différente. L’article 174 f de la loi no 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal punit toutefois de un à 12 ans de prison et d'une amende ne pouvant être inférieure à 100 000 Fc constants "toute personne qui, exerçant l’autorité parentale ou tutélaire sur une personne mineure ou majeure, l’aura donnée en mariage, ou en vue de celui-ci, ou l’aura contrainte à se marier."
Pour justifier leurs agissements, certains parents disent vouloir préserver l’unité entre futurs époux. "Quand on ne partage pas la même foi, on ne voit pas les choses de la même manière", estime Désiré M., catholique, père de quatre enfants. Il y a un an, il s’est opposé à l’union de sa fille avec un Témoin de Jéhovah. Stéphane Buherwa, sociologue, observe que la croissance du nombre d'églises de réveil et de sectes dans la province favorise cette forme d'intolérance. Pour lui, certains de leurs responsables misent sur le nombre de fidèles pour se faire un nom et avoir ainsi plus d’offrandes. Ceci se remarque dans les prêches de plusieurs pasteurs. Norbert K., pasteur d’une église de réveil interdit par exemple à ses fidèles de fréquenter des personnes d’une autre religion, persuadé que "le bon grain ne se mélange pas avec le mauvais". Certains se sentent du coup dans l’obligation d’appliquer ces exhortations. "Si mon fils choisit une fille d’une autre religion, c’est qu’il néglige mes conseils !", martèle une mère de cinq enfants. Ceux qui osent aller à l’encontre des obligations de leurs pasteurs sont excommuniés.

"Mauvais départ pour un foyer"
Pour l'heure, les victimes de ces pressions ne vont pas encore se plaindre en justice. Me Papy Kajabika, avocat, indique qu’il n’a jamais vu un couple venir lui demander conseil dans pareille situation. Il admet tout de même que certains parents ignorent le caractère illégal de ce qu'ils imposent à leurs enfants : "Ces derniers ont malheureusement peur de saisir la justice contre leurs parents en qui la coutume investit le pouvoir de maudire". Ce qui pousse certains jeunes à s’unir à des personnes qu’ils n’aiment pas vraiment et n'ont pas choisies eux-mêmes... "C’est un mauvais départ pour un foyer", s’inquiète Stéphane Buherwa.
Pour tenter de faire évoluer les mentalités, à Bukavu, l’association Journalistes pour la promotion de la démocratie et des droits humains organise depuis février dernier une campagne médiatique. "Nous réalisons des émissions avec des juristes et défenseurs des droits de l’homme pour éveiller la conscience de la communauté sur cette question, souligne Séraphine Mapendo, présidente de cette organisation. Elle conclut : D’autres associations devraient faire de même pour que la liberté de mariage soit réellement respectée."  


Prince Murhula

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Mwinda Sadiki Jovial 21/05/2015 04:56

Les parents devraient comprendre que quand ils s'opposent aux décisions maritales de leurs enfants, ils ne les aident pas(tel qu'ils l'estiment) mais ils contribuent à leur mauvaise suite de vie. Il ya trop d'impacts dus à celà!
Eh vs parent,quelqu'un s'est-il opposé un jour à votre décision et vs aviez sentit combien cela fait mal? ca fait mal hein?
voilà pourquoi vous devriez laisser le libre choix à vos enfants.
La sensibilisation et la vulgarisation sous plusieurs formes sur ces articles donnant droit au libre choix du conjoint quelque soit sa réligion serait un grand atout pour lutter contre ce mal!