Bukavu: Corrompre les roulages pour échapper aux contrôles

8 Avril 2013 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

A Bukavu, capitale du Sud-Kivu, les taximen ont pris l’habitude depuis quelques années de verser par jour 500 francs congolais (environ 0,5$) à chaque poste des policiers de roulages. Ils l’appellent “Rapport“. Ainsi les roulages deviennent moins rigoureux dans le contrôle des documents de bord. Une pratique pourtant  illégale réprimée par le code pénal congolais.

 

Je donne chaque jour et à chaque poste le même montant. C’est pour soigner mes relations avec les roulages et éviter de me faire arrêter“ déclare avec sourire un taximen après avoir glissé cinq cents francs congolais dans la paume de main d’un policier de roulage au rond point du marché de Nyawera dans la commune d’Ibanda. Un geste qui soulève des vives discutions entre les  clients de son taxi en direction vers la place de l’indépendance dans la commune d’Ibanda. Tumsifu Pierre, vendeur,  assis à l’arrière appui lui la pratique “Si ça leur permet de vivre en harmonie tant mieux“ s’exclame-t-il. Ce qui choque Vénancie une étudiante en droit assise à côté de lui “C’est de la corruption qui se pratique en public, c’est une infraction !“ rétorque-t-elle d’un ton vif. L’article 147 alinéa 2 du code pénal stipule en effet que “ La peine pourra être portée au double du maximum (soit 4 ans d’emprisonnement), si le fonctionnaire ou officier public a agréé des offres ou promesses ou s’il a reçu des dons ou présents soit pour faire, dans l’exercice de sa fonction, de son emploi ou de sa mission, un acte injuste, soit pour s’abstenir de faire un acte qui rentre dans l’ordre de ses devoirs“.

 

Pratique appuyée par les taximen non en ordre

Selon Alimasi Agbara, Président de l’association des conducteurs du Congo, ACCO Sud Kivu, cette pratique est plus appuyée par des chauffeurs qui ne sont pas en règle avec des documents de bord. “Ils roulent souvent sans permis de conduire, sans avoir payé les taxes exigées par la loi, sans carte rose et souvent aussi sans assurance“ résume Alimasi Agbara.

La conséquence de cette pratique est le maque de rigueur dans le contrôle et la réglementation de la circulation routière par les policiers commis à ce travail. “On enregistre au moins 3 accidents chaque semaine dans la ville“ affirme une source anonyme de la police de circulation routière de Bukavu.

Autres conséquences, ce sont les embouteillages qu’orchestrent  la perception et le recouvrement du rapport “Parfois les roulages s’interposent entre des taxis pour recouvrer l’argent. Ainsi la circulation devient lente et des longues files de véhicules se créent avec comme conséquence les embouteillages“ témoigne Bonaventure Shamamba, vendeur des pains à la place de l’indépendance, le plus grand carrefour de la ville de Bukavu.

 

Un mal connu, mais peu sanctionné…

Les taximen ignorent qu’ils perdent ainsi beaucoup d’argent en donnant le rapport qu’en étant en ordre avec les pièces exigées par l’état“ fait remarquer le président de l’ACCO. Sur les sept postes établis entre la place de l’indépendance et la frontière de la Ruzizi 1 chaque taximen paye 3500 FC par jour en raison de 500 Fc par poste de police. “Ce qui fait 105 mille francs (environ 110$) par mois et 1 million 260 mille  francs (environ 1400$) par an. C’est de loin plus que ce qu’ils pouvaient payer légalement !“ s’exclame Solange Lwashiga, coordinatrice du Caucus des femmes du Sud Kivu.

Ce qui inquiète Dieudonné Sango, coordinateur de la Synergie des associations de lutte contre la corruption, SALCORI, “C’est une image d’un pays corrompu que nous vendons publiquement“ affirme –t-il tout en soulignant que son organisation mène depuis quelques mois un plaidoyer au près des autorités locales pour que soit éradiquée cette forme de corruption au sein de la police.

A la police nationale congolaise on reconnait cette situation. “Nous savons que cette pratique existe et la combattons en interne“ confie le colonel Ekofo, chargé de communication au commissariat provincial de la police du Sud Kivu. Il affirme  par ailleurs que cette forme de corruption est un mal profond qui ne concerne pas seulement les agents de police citant l’article 149 bis du code pénal qui punit  celui qui corrompt et celui qui est corrompu. De son côté, le major Makonga, commandant de la police de circulation routière révèle qu’une dizaine de policiers dont un lieutenant ont été arrêté depuis le début de cette année pour avoir trempé dans cette pratique “Il s’agit d’une campagne que nous menons en interne pour décourager cette forme de corruption au sein de la police“ fait-il observer.

Pour sa part, le président de l’ACCO sud Kivu, Alimasi Agbara affirme mener aussi une campagne depuis son élection, en décembre dernier, au près des propriétaires des taxis pour que ces derniers se mettent en ordre avec les documents de bord.

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Prince Murhula 

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