Bukavu:filles mères, elles sont rejetées

29 Juin 2012 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

A Bukavu, plusieurs Ong tentent de convaincre les parents des filles mères de les aider à retourner à l'école ou d'apprendre un métier plutôt que de les chasser. Elles forment aussi ces jeunes mamans courageuses, abandonnées par les pères de leurs enfants et montrées du doigt par la coutume et la religion.

 

Les filles mères ne sont pas une honte pour les familles, encore moins un scandale pour la société ! Portées par cette conviction, des OSC de Bukavu tentent de convaincre leurs parents de les reprendre et de les aider à retourner à l’école ou à apprendre un métier. ″Nous plaidons pour qu'ils ne les chassent pas. Quand la famille est pauvre, nous donnons des crédits aux parents pour qu'ils exercent une petite activité leur permettant de payer les études de leurs enfants″, explique Francine Kasese, chargée de programme à Vision communautaire (Vico). ″Nous les formons à la couture. Celles qui ont bien assimilé la formation reçoivent une machine à coudre″, résume Grace Namwezi, animatrice sociale au Centre Olame.

Les premiers résultats sont là. ″Fin 2011, nous avons formé et inséré 150 jeunes mères célibataires″, comptabilise Vicky Tabisingwa, chargée de leur accompagnement au Centre Olame. De son côté, l'Association des femmes juristes du Congo (Afejuco) en a formées 20. Ces filles mères sont utiles à la société à travers leurs activités comme la coupe-couture, la fabrication de jus ou le petit commerce. Généralement abandonnées par les pères de leurs enfants, elles survivent pourtant difficilement. ″L’an dernier, mes parents m’ont chassée du toit familial. Ils m'ont amenée de force dans la famille de l’homme qui m’a mise enceinte, mais je n’y étais pas la bienvenue. Je me suis donc réfugiée chez ma grand-mère, révèle F. N., 16 ans aujourd'hui, les larmes aux yeux et son bébé au dos. Elle vend désormais des bananes pour nourrir sa fillette et sa grand-mère...

 

Pratiques illégales

Encore aujourd'hui, bon nombre de parents ne supportent pas que leur fille accouche alors qu'elle vit encore chez eux. A leurs yeux, elle a ainsi moins de chances de se marier et sera par conséquent à leur charge toute sa vie. "Je m'occupais de ma petite sœur depuis qu’elle avait mis au monde son premier fils. Mais, elle veut avoir un autre enfant sous mon toit ! J'ai donc décidé de la chasser !", explique, par exemple, Jean.

Cette sévérité tire ses origines de la coutume de l’ethnie shi pour qui une fille rendue grosse avant le mariage déshonore sa famille. "Pour éviter qu'elle ne récidive ou ne soit imitée par d'autres, elle était isolée de la société durant toute sa vie″, raconte Joseph Shakulwe Konda, coordonnateur de Ndaro y’abakulukulu, la structure conservatrice de la culture shi. Un isolement qui ne se pratique plus de la même manière aujourd'hui. Chaque famille réagit à sa façon. Toutefois, certaines religions, qui considèrent comme un péché le fait d'avoir des relations sexuelles avant le mariage, continuent d'exclure ces jeunes femmes : "Nous les excommunions !", résume Jonas Kingotolo, pasteur d’une église pentecôtiste. Dans certaines confessions, les parents de ces filles sont eux aussi excommuniés...

Des pratiques coutumières et religieuses illégales. Le Code de la famille congolais stipule en effet en son article 317 que "l'enfant mineur reste, jusqu'à sa majorité ou à son émancipation, sous l'autorité conjointe de ses père et mère quant à l'administration de sa personne et de son patrimoine et quant à la protection de sa sécurité, de sa santé et de sa moralité." Au regard de la loi, les parents doivent donc continuer de prendre soin de leur fille, même si cette dernière devient maman avant sa majorité. Me Georgette Nkunzi, enseignante de droit, résume le sentiment ambigu de la plupart des Congolais : ″Une grossesse avant le mariage n’est pas une infraction, mais est contre les bonnes mœurs. Cela dit, cet acte ne doit pas être une occasion d’écarter les enfants, mais plutôt de les aider à réorganiser leur vie.″

 

Lydie Fazila Ombeni

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