Bukavu : le "rapport" versé par les taximen aux roulages est illégal

8 Juillet 2012 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Vu avant comme contribution des chauffeurs de taxi à la survie des policiers des roulages mal payés, aujourd’hui le versement du "rapport" est devenu obligatoire. Une pratique illégale qui profite non seulement aux policiers mais surtout à certains de leurs chefs. Les responsables de la police affirment la combattre. Entre temps, les taximen s’en plaignent et les Ongs dénoncent.


Pacifique Bisimwa conduit son taxi dans la ville de Bukavu. Il vient de glisser cinq cents francs congolais dans la main d’un policier de roulage posté au rond pont du marché de Nyawera dans la commune d’Ibanda. "Je viens de lui donner 500 francs congolais (0.55$).Ils appellent ça le rapport" nous confie ce jeune chauffeur d’un ton plaintif. Selon lui, par jour il est obligé de verser le rapport à près de sept postes de policiers de roulage postés le long de la voie principale de la ville de Bukavu et sur celle qui mène vers Panzi "ce qui me coûte environ  3500 francs le jour (3.88$)". Par mois, Pacifique paye environ cent et cinq mille francs congolais soit près de cent et seize dollars américains. Une pratique qui ruine son métier "c’est beaucoup d’argent que je donne aux roulages gratuitement. Pourtant je dois faire un versement journaliser à mon patron et nourrir aussi ma famille" confie-t-il. Il souligne que le payement du rapport est obligatoire "si je ne paye pas, ils trouvent toujours une infraction pour m’arrêter,  même si je suis en ordre avec tous les documents de bord". Par ailleurs, s’il verse régulièrement cette somme, les policiers de roulage deviennent moins sévères dans leurs contrôles. Ce qui contente Pierre B., chauffeur de taxi et qui roule sans permis de conduire depuis trois mois "je peux rouler tranquillement même si je n’ai pas tous les documents de bord" avoue-t-il.
La pratique du "rapport" prend de plus en plus d’ampleur dans la ville de Bukavu depuis une dizaine d’années. Celle-ci veut que tous les conducteurs de taxi payent chaque jour au moins cinq cents francs congolais par poste de policiers de roulages. Une pratique que Maître Pappy Kajabika, responsable de l’Ong Vision sociale, qualifie d’illégale "Nulle part si vous lisez la loi qui organise la police des roulages, les décisions et autres instructions de la hiérarchie de la police il n’est autorisé aux roulages d’exiger cet argent". Selon cet acteur de la société civile, s’il y a contravention routière, les policiers de roulage n’ont pour rôle que de constater et de référer l’auteur à  la banque pour payement des amendes. "Or dans notre cas, il n’y a même pas contravention. Les policiers imposent de leur chef une certaine somme aux chauffeurs et qu’ils perçoivent sans quittance à l’encontre de la loi ". Pour lui, il s’agit de la concussion, infraction prévue et punie par l’article 146 du code pénal. Selon cette article, "seront puni d’une servitude pénale de six mois à cinq ans tous fonctionnaires ou officier public,…, qui se sont rendus coupables de concussion en ordonnant de percevoir, en exigeant ou en recevant ce qu’ils savaient n’être pas dû ou excéder ce qui était dû"


Illégal mais perçu à ciel ouvert
Quoi qu’illégale, la perception du rapport se fait à ciel ouvert. Les responsables de la police, les magistrats et les responsables politiques de la province le savent et voient les roulages faire mais restent passifs. Si un véhicule peut réaliser cent quatorze dollars américains par mois, plus de trois mille véhicules qui font le taxi dans la ville versent plus de trois cents quarante deux mille dollars américains mensuellement dans le cadre du rapport. "Selon des témoignages, le gros de ce rapport est reversé à certaines autorités haut placées de la police" confie Me Kajabika. Ce qu’affirme aussi un policier de roulage posté à la place de l’indépendance, le seul carrefour qui relie les trois communes de la ville de Bukavu (Ibanda, Kadutu et Bagira) et qui est le plus rentable de la ville. "Si on m’a affecté ici c’est parce que je verse un rapport consistant aux chefs" confie-t-il tout en insistant sur le fait qu’il est un  "simple agent de manœuvre qui exécute les ordres". Le colonel Ekofo, porte parole de la police du Sud Kivu reconnait l’implication de certains chefs de police dans cette pratique "un officier a été arrêté récemment car il organisait cette pratique de rapport qui est une tracasserie" dit-il. Il recommande aux taximen de "dénoncer les policiers de roulage qui les exigent ces frais pour qu’ils soient puni". "Nous dénonçons toujours mais  sans suite" confie pour sa part  monsieur  Mirindi, président de l’association des conducteurs du Congo, ACCO qui par ailleurs condamne le silence des autorités sur cette question.


Embouteillages et légèreté dans les contrôles
La conséquence de cette pratique est souvent la légèreté dans le contrôle des documents de bord et la dans la régulation de la circulation" Les roulages ne contrôlent plus les pièces mais se contentent d’un cinq cents francs qu’on leur donne " regrette Jean Morro Tubibu de l’ong Groupe Jérémie. Cette légèreté dans les contrôles pousse qu’il y ait aussi beaucoup d’accidents de circulation surtout lorsque les chauffeurs tentent d’esquiver les roulages constate-t-il.L’Etat réalise moins de recettes. Souvent aussi, les roulages arrêtent un véhicule et commencent des discutions jusqu’à ce que le chauffeur lui verse le rapport. "Entre temps, une  longue file d’autres véhicules se crée et naissent ainsi des embouteillages" témoigne John Muderwa un petit commerçant qui étale ses marchandises au rond point feu rouge. "La justice doit faire son travail pour que cesse cette pratique qui souille l’image de la police dans notre pays" martèle Me Pappy Kajabika.
Prince Murhula




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