Bukavu : un avocat comparait depuis ce mardi pour viol sur mineure

29 Janvier 2013 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Ce mardi 29 janvier 2013, le prévenu Hans entre dans la salle d’audience à 10 heures. Aujourd’hui, Il n’est pas habillé en toge noire comme d’habitude mais en uniforme orange réservée aux détenus de la prison centrale. Derrière lui, une vingtaine d’avocats venus par solidarité défendre leur confrère constitué en collectif.

 

D’un teint clair, visage moins soutenu, il décline son identité au tribunal : Christian Hans Rwema.

 

Sur le champ, la partie civile, la victime et sa famille, se constitue pour prendre part active au procès. Elle est assistée par deux avocats dont 1 qui vient de Goma et un défenseur Judiciaire de Bukavu. Ils vont rester seuls jusqu’à la fin de l'audience de ce jour. 

 

Le procureur demande que la victime soit appelée à la barre pour relater  les faits. La jeune fille de 16 ans avance, habillée en robe noire, visage voilée.

 

La demande de ses avocats pour qu’elle plaide visage voilée est rejetée par le tribunal. Elle ôte son voile et relate les circonstances dans les quelles elle a été violée.

 

Il m’a rencontré à la station Engen (station de vente de carburant) en face de la boutique les paysans au marché de Nyawera pendant que j’attendais un taxi pour me rendre à un cours de rattrapageà l'école … il pleuvinait ….“ se souvient-elle.  

 

L’homme s’est avancé en voiture se présentant comme ami de son père. “Il m’a dit que lui c’est Christian Hans et qu’il est avocat. Il a ensuite proposé de m’amener jusqu’à mon école. Je suis alors montée dans sa voiture“.

 

Arrivé à la place de l’indépendance, où se trouve l’école de la fille, l’homme a poursuivi la route sans s’arrêter “je lui ai dit que je devrais m’arrêter par là. Il m’a dit qu’il monte vers le lycée Wima récupérer certains documents puis il va me ramener. “


La jeune fille rassurée a fait confiance à son "bienfaiteur" “ on a foncé droit, un peu après j’ai aperçu la pancarte du Centre S.O.S. (centre d'encadrement d'enfants orphelins situé à environs cinq Km de la place de l'indépendance) C’est là que j’ai commencé à m’inquiéter. Mais il me disait qu’on serait arrivé bientôt et je n’avais pas à m’inquiéter“ souligne la fille.

 

A ce niveau, “il m’a donné des chocolats. J’ai senti la gorge serrée après en avoir pris. Alors je lui ai demandé de l’eau. Il m’a donné de l’eau dans une bouteille à moitié vide et m’a demandé de boire. “ poursuit-elle.    


Après en avoir bu, la jeune affirme avoir perdu connaissance jusqu’à ce qu’elle se réveille vers 15 heures dans une chambre dans la plantation du prévenu à Walungu à plus de 25 Km de la ville de Bukavu.

 

Christian était là nu après avoir pris un bain. Il m’a demandé d’aller aussi me laver. J’avais mal au bas ventre et ne savais me lever. C’est là que je me suis rendu compte que j’ai été abusée“  poursuit  la jeune fille qui affirme n’être rentrée en ville que vers 21 heures “ il m’a amené au centre CELPA car mes parents ne pouvaient pas supporter que je rentre tard. Il m’a demandé de faire semblant de souffrir d’estomac. Mais le médecin qui m’a analysé a remarqué qu’il y avait du sperme dans mes urines et des traces des drogues. Il s’est alors mis à toner sur moi car je lui ai menti.Le lendemain matin ma maman est venue et je lui ai tout avouée“ affirme la victime le visage renfrogné et le regard pointé en bas. C’est alors que la maman a saisi la police.

 

-          - Question du tribunal : est-ce que tu connaissais Christian Rwema avant le 29 décembre 2012 ?

-          - Non affirme la victime en secouant la tête de gauche à droite.

 

Se levant, le procureur prend la parole en appuyant les déclarations de la victime. “Il s’agit d’un viol avec violences commis sur une mineure et mérite sanction conformément à la loi“ déclare-t-il.  


Le prévenu plaide non coupable


  Le prévenu Hans nie toutes ces accusations estimant qu'il s'agit plutôt d'un complot contre lui. “Le 29 décembre 2012 je n’ai pas été avec cette fille“ affirme-t-il en soulignant qu’il a eu plusieurs contacts téléphoniques et l'a vu 2 ou 3 fois avant le 29 décembre mais que jamais ceux-ci ne se sont transformés en relations intimes.

 

Je l’ai vue pour la toute première fois dans une boite de nuit Sombrero (boite située en commune de Bagira) la nuit. Elle a accompagné le lendemain une amie à qui j’ai fait visiter ma plantation à walungu. Elle est, quelques jours plus tard, venue avec sa copine à mon cabinet. Ensuite elle commençait à m’envoyer des sms et  même m’appelait. Elle m’a même demandé du crédit que je lui ai envoyé un jour (300 unités). Demandez les relevés à la société de télécommunication Airtel vous verrez les sms qu’elle m’a envoyé et ses appels. Elle ment si elle dit qu’elle m’a vu pour la première fois le 29 et que j'ai été avec elle ce jour là.“  se défend le prévenu Hans.

 

Le procureur fait observer que pour trouver ces relevés chez Airtel, il faut une autorisation du procureur général de la république à Kinshasa. Le tribunal lui même pourra juger de l'importance de ce moyen a-t-il souligné. Aussi, si Hans, avocat de son état, peut penser qu’il a été harcellé par la victime, il devait le dénoncer au lieu d’y céder car il s'agissait  d'une fille mineure.

 

-          - Il s’agit effectivement d’un harcèlement dont j’ai été victime réplique Hans.

 

Ses avocats interviennent pour appuyer sa thèse et étayer des contradictions dans les déclarations de la jeune fille selon les procès verbaux de la police, du parquet et celles faites au tribunal.

 

Après un bref exposé, les avocats du prévenu Christian Rwema Hans déposent une demande de mise en liberté provisoire au tribunal.

 

Sur le banc, le procureur, lui, donne un avis contre à cette demande estimant que le prévenu doit rester en détention jusqu’au prononcé du jugement.

 

Au même moment, le tribunal a ordonné que soit effectuée une descente ce même mardi au centre de santé CELPA où la victime a été consultée pour la toute première fois.

 

Le procès continue jeudi 31 janvier 2013.

 

Si Maître Christian Rwema Hans, poursuivi pour viol et enlèvement de mineures, est reconnu coupable, il risque 20 ans de prison ferme.

 

Sa condamnation pourra aussi être un coup dur pour le barreau de Bukavu dont il est membre du conseil de l’ordre.

 

A ce stade, ses avocats usent de tous les moyens pout créer des doutes sur la crédibilité des déclarations de la victime et de la partie civile pour tenter de décrocher son acquitement.

 

Signalons que dans la même affaire, madame Angèle Birhanendwa, cultivatrice, est poursuivie pour complicité car ayant, selon le procureur, facilité la commission de ce viol. “Jusqu’à présent, rien ne prouve son implication ni directement ni indirectement dans les faits qui lui sont reproché" a affirmé Maître Benjamin Balola qui assure sa défense pendant qu’il demandait au tribunal sa mise en liberté provisoire.

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