Education: les écoliers préparent seuls leur rentrée scolaire

4 Septembre 2011 , Rédigé par Journalistes Démocratie Droits Humains Publié dans #News

Nés dans des familles pauvres, nombreux sont les écoliers du Sud-Kivu à faire des petits métiers pendant leurs "vacances" pour avoir de quoi payer leurs fournitures scolaires à la rentrée. La loi interdit pourtant de faire travailler les enfants et imposent aux parents d'être responsables de leur éducation, rappellent, en vain, les ONG spécialisées...


Pendant ses "vacances", Sikuzani, 13 ans, vend des tiges de canne à sucre pour avoir de quoi payer ses fournitures scolaires à la rentrée, début septembre. Claude, 16 ans, a déjà participé trois fois au coulage de dalles de maisons depuis le mois de juillet : "A la rentrée, j’aurai un bel uniforme, un bon cartable et de bons souliers que mes parents n'auraient pas pu me payer !" Fazili, 12 ans, vend des bidons d'eau potable de 20 litres contre 300 Fc (0,30 $). A Bukavu, bon nombre d'enfants de familles pauvres travaillent actuellement pour payer à la rentrée les différents frais liés à leur scolarité. A l'intérieur du Sud-Kivu, où les parents sont encore plus démunis, les enfants travaillent encore plus dur.

Fiston, qui a terminé la 3e année secondaire, explique : "Chaque jour, je gagne 1 000 Fc (environ 1 $)", assure-t-il. Depuis début juillet, de 10 à 18 heures, il vend des biscuits. "Je m'achèterai des cahiers et des stylos", envisage-t-il. De père sans emploi et de mère sentinelle, il est le seul des sept rejetons de la famille à aller à l'école. Selon le Code de la famille et le Code pénal, faire étudier un enfant incombe pourtant à ses parents qui choisissent par exemple son établissement. "Le fait de ne pas faire étudier son enfant n'a pas été érigé en infraction par l'Etat congolais. Seulement, c'est de la responsabilité civile des parents de s'occuper de son éducation", précise un magistrat sous anonymat.

L'Etat, pour sa part, doit assurer des écoles en nombre suffisant. Selon l'UNESCO, "il incombe aux gouvernements de remplir leurs obligations à la fois légales et politiques pour offrir une éducation de bonne qualité à tous et pour mettre en place et contrôler plus efficacement les stratégies dans le domaine de l’éducation". En RDC, les parents continuent à payer, en grande partie, les frais scolaires alors que la Constitution en son article 43 stipule : "L'enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics"...


Travail illégal et dangereux

Faire travailler un mineur est par ailleurs illégal. La RD Congo a en effet signé la Convention relative aux droits de l'enfant de l'ONU de 1989 et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant en 1990. Plus récemment, le pays s'est doté de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 qui dit notamment : "L'enfant ne peut être employé avant l'âge de 16 ans révolus (…) L'enfant âgé de 16 à moins de 18 ans ne peut être engagé ni maintenu en service que pour l'exécution de travaux légers et salubres." La même loi réprime les contrevenants aux "pires formes du travail de l'enfant", notamment ceux susceptibles de nuire à sa santé ou à son épanouissement, d'une peine de un à trois ans de prison et d'une amende de 100 000 à 200 000 Fc (de 110 à 220 $ environ).

Plusieurs parents sont malgré tout obligés de choisir entre soigner, loger ou scolariser leurs enfants. Dans ces conditions, les maigres recettes des plus jeunes profitent en général à toute la famille… "Je touche 60 $ le mois", confie Angélique, la mère de Fiston. "Mon mari ne travaille pas et nous sommes locataires. Notre maigre revenu est affecté au loyer, à la nourriture et aux soins des enfants. Le reste, je laisse Dieu s'en occuper… Tous les patrons d'ici n'ont pas étudié !", ajoute-t-elle. Ces familles ne font donc étudier que certains de leurs petits.

Des Eglises assistent les plus démunis. Des ONG les informent sur la nécessité d'envoyer à l'école tous leurs enfants. Ces derniers sont généralement conscients des méfaits de ne pas étudier. "Je fais tout pour ne pas manquer une année scolaire, car j’ai hâte de terminer les études pour commencer à gagner vraiment ma vie par le travail", déclare Fiston.

Les ONG dénoncent les travaux durs imposés aux plus jeunes à travers des émissions et des feuillets d'information. "Plusieurs d'entre eux luttent seuls pour leur survie, parce qu'abandonnés par leurs familles. Sous prétexte de contribuer à la bourse familiale, des enfants exercent des travaux qui nuisent à leur santé", dénonce Fernando Nkana, coordonnateur de Fondation solidarité des hommes (FSH).


Furaha Chitera

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article