Sud-Kivu: Des autorités s’accaparent les aides des sinistrés

11 Juillet 2012 , Rédigé par Journalistes-Démocratie-Droits Humains Publié dans #News

Ceux qui reçoivent les aides destinées aux victimes de catastrophes ne sont pas toujours ceux qui y ont droit. Au Sud Kivu, certaines autorités locales les distribuent à leurs proches et des agents des Ong en détournent. 

Un matin de mai, l’esplanade de l’école primaire Rutanga, en pleine cité de Sange, au Sud Kivu, est pleine de monde. Hommes et femmes, sacs et paniers à la main forment de longues files d’attente pour recevoir ustensiles de cuisine, bâches, pagnes… une aide d’International rescue comittee (IRC), une Ong internationale, aux victimes des pluies torrentielles qui se sont abattues sur la ville. Plus de 1 900 maisons ont vu leurs toitures emportées ou se sont écroulées en mars et avril derniers. "Ce qui me choque, c'est que des gens, de surcroit mes voisins, aient été servis alors qu’ils n’ont jamais été victimes d’une quelconque catastrophe", raconte Adolphe Kizungu, habitant au quartier Rutanga, dont le toit de la maison est parti en mars. Ce jour de mai, lui, le sinistré, est rentré bredouille.

A quelques 20 km au sud, à Kiliba, pareille scène s’est produite fin avril. Au cours de ce mois, la rivière avait débordé emportant les maisons des habitants qui vivaient sur les rives. "Des tôles devraient nous être distribués mais le chef de cité les a données en partie aux non victimes et l'autre partie est portée disparue", déclare, tout triste, Nizi Ngoma, habitant de Berute sans abri depuis l'inondation.

Adolphe Kizungu note que dans la plaine de la Ruzizi, en territoire d’Uvira, depuis l’explosion d’un camion citerne à Sange en 2010, qui avait fait plus de 300 morts et vu affluer des milliers de dons, de plus en plus souvent des autorités locales s’accaparent les aides destinés aux victimes de diverses catastrophes. Celles-ci émanent des organisations internationales ou des personnes de bonne volonté qui pensent atteindre les victimes par le truchement de leurs chefs. Ces derniers abusent alors de leur pouvoir pour recenser même ceux qui n'ont subi aucun dommage ou les membres de famille avec qui, d’habitude, ils se partagent les dons.

                             

"Nos détracteurs nous cherchent noise"

Selon Bimka Kambiningi, de la Dynamique intellectuelle des jeunes d’Uvira, les bienfaiteurs ont une part de responsabilité dans cette situation. Il estime qu’ils devraient eux-mêmes se charger de l’identification des victimes. "Mais, dit-il, ils demandent aux chefs de cité de constituer des listes des victimes des sinistres et repartent. Les chefs de cité à leur tour enjoignent aux chefs de quartiers et à ceux des avenues de mettre des noms de certains de leurs proches", raconte-t-il. Pour Moïse Masaro, habitant de Sange, ces chefs, pour la plupart agriculteurs, ne sont pas payés par l’Etat congolais. "Ils ne peuvent alors pas rater l’occasion de détourner ces biens espérant qu’ils pourront les vendre et trouver un peu de sous ! " dit-il. A cela, il ajoute le manque de patriotisme et d’esprit de solidarité.

Du côté de l'administration, pas question de les pointer du doigt. Certains d’entre eux, Masasika Aramba, chef de cité de Kiliba par exemple, affirment que d’habitude, ces distributions se déroulent à leur insu. "Les organisations identifient seules leurs bénéficiaires. Nos détracteurs qui nous cherchent noise font circuler ces fausses nouvelles". Même son de cloche chez le chef de quartier Kibogoye, Sange. Il affirme que ce sont certains des agents de ces organisations qui rentrent avec des vivres sans les avoir donnés aux bénéficiaires. Ce que confirme un officier de sécurité à l'IRC Sud-Kivu. Pour lui, des agents détournent ces biens, en complicité avec des chefs locaux. Il déplore le fait que les victimes ne viennent pas les dénoncer afin qu'ils soient punis, car, dit-il, "ce ne sont que des rumeurs, nous n’avons pas de preuves à l’appui. Lors des prochaines aides, des contrôles minutieux seront faits" assure-t-il. Approché par un journaliste de la radio Faraja, une radio communautaire de Sange, un agent d’une autre Ong qui a remis aux sinistrés de l’argent, réplique : "Notre travail se limite à donner. Les autorités qui nous présentent des non victimes sont insouciantes du drame subi par leurs administrés".

"A Sange tout comme à Kiliba, certains habitants boudent les travaux communautaires depuis décembre 2011", constate le chef de quartier Rutanga. Certains n’hésitent même pas à demander d’appeler les chefs d’avenues qui bénéficient des dons des Ong. "Parfois, les ménages cotisaient pour donner aux militaires de la farine mais depuis peu, certains rechignent. Ils n'ont plus de confiance et de respect envers les chefs", constate B. Kambiningi.

Les donateurs semblent tirer des leçons de ces dysfonctionnements. Guy Murhula, superviseur dans la plaine de l’Ong Programme d’action pour le développement de base unie explique : "Nous avons créé des comités d’identification composés des habitants de Sange pour recenser les victimes des pluies. On a eu 1 400 qui reçoivent déjà des chèvres et des semences".

Trésor Makunya Muhindo

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